Il est clair à présent, comme de l’eau de roche, que l’agriculteur de Lakhdaria de même que celui d’ailleurs, n’est ni paresseux ni incompétent, il a pu en un laps de temps, défiant tous les records, mettre un terme à l’indisponibilité du produit le plus prisé par les ménages. Il a non seulement mis fin à la rareté du tubercule, sévissant sur les marchés de fruits et légumes, mais les consommateurs parlent même de surproduction. Un excédent imprévu, ou non imaginé, faute de « plan prévisionnel », permettant d’avoir une idée plus ou moins exacte du rendement lors de l’arrachage de la pomme de terre. Une chose est sûre, ces récoltes à hauts rendements ne sont pas tombés du ciel, des maraîchers y ont consacré 120 jours de veille, des fonds colossaux et une débauche d’énergie. Pour illustrer cela, il n’y a pas mieux que de prendre l’exemple de Lakhdaria, laquelle est classée parmi les six zones rurales à vocation arboricole seulement, et qui de ce fait ne joint pas ses productions saisonnières de pommes de terre aux bilans globaux établis en fin de saison. Aïn Bessem, M’chedallah et les autres zones classées à vocation maraîchère, accusent une surproduction difficile à écouler, sans oublier les quintaux par-ci par-là des cultures sur les terres morcelées situées en montagne, cette « manne » est due en grande partie aux chutes suffisantes de pluies qui se sont abattues sur la région. Les investisseurs dans cette culture, ont obtenu des productions variant entre 300 et 350 qx/ha, représentant pour les parcelles morcelées 12 à 14 sacs de rendement pour 1 sac de 50 kg semé, à l’image de Aâmi Khaled, lequel nous dira : « question rendement, on n’a rien à dire » et d’enchaîner « si seulement on avait pensé à protéger les prix ». « Sur ce plan, se désole ce producteur, pour un coup de massue, c’en est vraiment un, car pourquoi croyez-vous qu’on court après les chambres froides, si ce n’est pour compenser les prix bas actuels ». En tenant compte des prix — de 10 à 15 DA/kg en détail et de 8 DA/kg sur le verger —les producteurs ne sont « pas très chauds » pour vendre, car ils n’arriveraient ainsi même pas à récupérer les 350 000 DA de frais des semences, soit 14 000 DA x 25 qx/ha. Ceci en « fermant les yeux » sur les autres frais pris en charge par l’exploitant, notamment les engrais, les travaux agricoles, la main d’œuvre…, la liste reste longue. Cependant, les exploitants plantent des semences dites SE (Super élite), celles-ci permettent de dégager les quantités suffisantes de pommes de terre de multiplication à semer en arrière-saison, c’est-à-dire à partir du 15 août. « Dommage, tient à signaler un fellah, car sur le plan organisationnel, l’opération a été bien menée, on a même exigé des producteurs ayant contracté des crédits auprès des banques d’être assistés par des ingénieurs et autres techniciens de l’agriculture ».
A. Chérif
