Une douzaine de mairies dans la wilaya de Tizi-Ouzou échappent ainsi au contrôle du Front des forces socialistes, par rapport aux dernières élections de 2005. Le FFS a construit sa stratégie de campagne sur du pur populisme à la limite du one man show. La dégringolade du parti a aussi éclaboussé sur le parterre de l’hémicycle de wilaya où il perd le contrôle à la faveur de son éternel frère ennemi, le RCD. Si ce dernier peut se targuer de reprendre ce que le FFS a perdu, mais aussi d’avoir « récupéré » la mairie d’Azazga, gérée deux fois consécutives par le FLN, il doit néanmoins se cogner la tête contre les murs du Fort-National où il s’est laissé supplanter par le parti de Belkhadem. Ce qui peut paraître comme un échange entre les deux formations est pour ainsi dire inéquitable. La « permutation » entre le RCD et le FLN pour les deux grandes agglomérations de la wilaya, Azazga et Larbâa-Nath-Irathen, est symboliquement gagnante pour le second parti qui s’installe dans une localité, fief par excellence du parti de Sadi.
L’ascension du RCD qui écrase le FFS, éjecté également de la mairie de Tizi-Ouzou par le FLN, est une donne prévisible en somme. Les observateurs avertis de la scène politique locale n’ont de cesse d’interpréter la démarche de Tabou, en sa qualité de premier secrétaire national du plus vieux parti de l’opposition, de suicidaire. Sa nomination à ce poste est entourée de flous avant que la houle qu’il aura créé au sein de son parti n’emporte avec elle des dizaines de cadres, parmi lesquels des membres fondateurs du FFS, ainsi que des centaines de militants. Pire encore, la brimade du jeune militant a malmené même les anciens compagnons de Hocine Aït Ahmed avec la bénédiction de celui-ci qui n’a pas hésité à traiter les mécontents de « zouaves ». La débâcle du FFS a, pour ainsi dire, débuté dans sa maison où l’apparition de l’aile insensible conduite par Tabou, assimilée par les protestataires à la fraction dure née au sein du parti ouvrier social-démocrate de Russie entre 1903 et 1918. Le « bolchévisme » des Russes avait été gagnant, celui du FFS est d’autant plus fatal qu’il y laissera des plumes à l’issue du scrutin d’avant-hier.
Les résultats, en attendant la validation officielle, sont sans appel : de 28 APC gagnées en 2005, le FFS n’en gardera que 16. A l’APW, alors qu’il a mené la dragée haute avec 6 sièges d’avance sur ses poursuivants, le FLN et le RCD, lors des partielles, -le FFS a siégé avec 15 sièges- le parti de Hocine Aït Ahmed garde le même nombre cette fois-ci mais en déclassement derrière le RCD qui lui récolte 16 sièges. Néanmoins, tout peut se renverser à l’APW de Tizi-Ouzou à la faveur des tractations de coulisses d’où est exclu le PT qui n’a rien gagné. La déroute du parti d’Ait Ahmed est implacable. Son village natal, Ait Yahia dans l’ex Michelet, qui lui a tourné le dos à la faveur de son « ennemi intime » à lui seul suffit pour illustrer la déchéance accélérée de sa formation vieille de 44 ans. Aïn-El-Hammam d’où il était évincé lors des partielles au profit du RND, ne sera pas reconquise encore cette fois-ci. Le FFS n’a en effet récolté que 1 490 voix contre 1 529 pour le RCD. Dans cette commune, tout porte à croire que c’est le second sur la liste RCD qui sera désigné maire si l’on se réfère au critère de l’âge.
« L’important n’est pas dans le nombre de sièges qu’a glané un parti ou un autre, l’important est que le peuple a prouvé qu’il s’intéresse aux locales pour élire ses représentants », devra déclarer sur les ondes de la Radio nationale Tabou lors de la proclamation des résultats. Une déclaration qui cache mal l’infortune état d’âme de celui qui a réussi à déstructurer le plus vieux parti de l’opposition en moins d’une année.
Contacté pour commenter les résultats obtenus par leur parti, le Mouvement des militants légalistes, par la voix de Youcef Ouarab, estime que « le FFS a subi un vote sanction contre sa direction. » « Pour nous, ce n’est pas une surprise. Nous avons tiré la sonnette d’alarme depuis une année et demie déjà. Nous avons mis la direction du parti devant ses responsabilités dans notre dernière déclaration. Peut-être que c’est grâce à cette débâcle que le FFS des Bouhadef, Khellil ainsi que des feus Debaili, Mahiou retrouvera sa place des années 90», dira-t-il encore.
Interrogé sur la récession de leur parti à la faveur du RCD, M. Ouarab juge que « Sadi a compris qu’il ne faut plus tirer sur le FFS, par contre Tabou, qui a concocté des listes avec des clientélistes, fait le contraire en dénigrant le RCD ainsi que l’ensemble des autres partis politiques, en prêchant le discours de la haine, de régionalisme et de clanisme. Il n’a qu’à démissionner s’il en est conscient. »
M.A.T.
