Cette option d’exploitation des ressources sahariennes est une nouvelle fois confirmée par les investissements publics d’une enveloppe de 377 milliards de dinars en programme complémentaire Sud. Cependant, le forum de ‘’Déserts du monde’’ va au-delà de la simple exploitation des ressources.
Les initiateurs et les promoteurs de l’idée de ce forum lui ont fixé des objectifs aussi bien culturels- échanges et interactions entre les communautés des contrées concernées- qu’écologiques de façon à pouvoir dégager les voies les plus rationnelles et les moyens les plus appropriés pour contribuer à la lutte contre la désertification. Les données de la géographie physique placent l’Algérie parmi les pays les plus touchés par cette notion de désert. Sur l’ensemble de sa superficie, une proportion de quatre cinquièmes représente les zones arides, soit environ deux millions de km2.
Bien qu’il dispose de 1 200 km de littoral, notre pays- comme ont eu à l’analyser des historiens de la culture- est plutôt orienté vers l’intérieur, mis à part les intermèdes phénicien et turc où la mer avait eu ses lettres de noblesse en matière de défense, d’échanges commerciaux et d’ambiance culturelle et sociologique. Saint Augustin écrivait : ‘’Nous qui sommes nés et qui avons passé notre adolescence au milieu des terres, nous nous sommes faits une idée de la mer à la seule vue d’un peu d’eau dans une coupe’’.
Si ces espaces se trouvent aujourd’hui désertés par les populations en raison de la rudesse des conditions de vie qui y prévalent, il n’en a pas toujours été ainsi. Pour preuve, les cultures profondes et ancestrales des pays concernés portent l’empreinte d’une vie, certes marquée par l’effort et le labeur, mais riche, dense, voire même parfois exubérante. Pour le cas de l’Algérie, deux ères de l’histoire proche et lointaine confirment une activité débordante des espaces sahariens où, malgré l’adversité, les populations ont su évoluer dans un équilibre qu’elles ont ingénieusement entretenu. La période de l’industrie néolithique a vu, au Tassili des Ajjers, l’une des civilisations les plus florissantes s’établir au sud du pays, phénomène qui, depuis les explorations de Henri Lhote et Th. Monod au milieu du XXe siècle, n’a cessé de surprendre et d’intriguer les chercheurs par sa profondeur et son étendue. La région, déclarée Parc national- le plus grand musée à ciel ouvert du monde-, s’étend de Djanet jusqu’aux confins de Tamanrasset.
L’autre grand moment de l’histoire de ces territoires est sans aucun doute le grand mouvement commercial ayant établi les routes sahariennes et les caravansérails de Tombouctou à Ouargla et de Sijilmassa à Tlemcen. À la même occasion, les échanges culturels et les brassages ethniques ont assis l’aire culturelle sahélo-saharienne faite de berbérité, d’islam et d’africanité. L’un des meilleurs systèmes communautaires sahariens, impliquant organisation sociale solidaire, équilibre environnemental et domestication de la nature au profit de l’homme (ce qu’on appelle aujourd’hui développement durable), a été fondé il y a mille ans à El Ateuf, une des Pentapoles de la vallée du M’zab. L’un des principes de la Fondation des Déserts est justement de réhabiliter, de promouvoir et d’élargir ce genre de patrimoine (matériel et immatériel) pour faire garder aux espaces désertiques leur dimension humaine. Car, en fait, la grande rupture historique qui a conduit à l’abandon de ces terres maternelles et à l’exacerbation de l’hostilité des éléments de la nature par un déséquilibre écologique de plus en plus compromettant, c’est bien la colonisation et le grand triomphe du capital qui ont fondé les grandes villes et même déplacé certains centres de gravité de l’activité humaine. Le défi qui se pose à des pays comme l’Algérie est de savoir comment rendre justice- par des actions de développement durable- à ces espaces qui constituent aujourd’hui la première source de rente de la collectivité. En tout cas, il semble- comme l’a si bien caractérisé un savant- que la première action de lutte contre la désertification à mener est celle relative à la ‘’désertification des esprits’’ !
Amar Naït Messaoud
