Nous nous sommes perdus dans notre histoire, nous ne pouvons avancer », que le président de l’association Taneflit a, après dix ans de réflexion, décidé de célébrer le double anniversaire de la création du village de Draâ El Mizan (1858) et de la commune mixte de Draâ El Mizan (1er janvier 1869). En raison des peu de moyens dont dispose cette association, cette première édition a eu lieu du premier au 3 janvier au sein de son siège sans se donner vraiment grande ambition et en dehors de la célébration en grande pompe. Certes, celle-ci s’est limitée à une exposition et à l’affichage de cartes postales et des écrits sur l’histoire de Draâ El Mizan, mais elle a pu toutefois drainer beaucoup de visiteurs, venus prendre connaissance de l’histoire de leur ville à travers le temps.
« Nous avons voulu organiser une semaine entière, mais nous n’avons pas les moyens nécessaires. Nous avons pensé à honorer les artistes, les intellectuels ainsi que les sportifs. Cependant, pour cette première édition, ce sera surtout une ébauche sur l’histoire de Draâ El Mizan avant de passer aux grands projets », nous a confié en marge de cette commémoration, Mohamed Chihaoui. Durant la période coloniale, il est très important de dire que la Kabylie était subdivisée en quatre cercles : le cercle de Tizi Ouzou, celui de Fort National, celui de Dellys et enfin celui de Draâ El Mizan, auxquels étaient rattachées plusieurs tribus de même que Palestro. Dans une virée sur les lieux, nous avons eu l’occasion de fouiner dans les livres d’histoire afin de retrouver Draâ El Mizan au fil des temps. Le nom d’abord assigné officiellement à ce centre était Nadeur Amar Aberkane, auquel se substitua officieusement celui de Thala n’Doukart, source située à l’ouest du village, puis plus tard celui de Draâ El Mizan, le nom d’une crête voisine. Plusieurs tribus relevaient directement du chef d’annexe après sa création en 1869. Il s’agissait des Nézlioua, des Harchaoua, des Abid, des M’zala, de la confédération des Guechtoula. Et bien d’autres : Imkiren, Ath Smaïl, Ath Kouffi, Ath Bougherdan, Ath Bouadou, Amechras, Ighil Imoula, Cheurfi et Ighil Guilken.
Draâ El Mizan ne date pas de l’époque coloniale. Entre 1567 et 1568, les Turcs établiront des beys à Constantine, l’une des routes qu’ils empruntaient passait par Tizi Nath Aïcha, l’actuelle Thénia puis Chabet El Ameur, Tachentirt (Draâ El Mizan), le Souk Hamza, l’actuelle Bouira et l’Ouennaoura. En 1842, les Français installèrent un camp d’observation en lieu et place de ce qui deviendra par la suite le village de Draâ El Mizan. Le 15 novembre 1851, ce camp se transforma en annexe sous le commandemant du capitaine Beauprètre. A la fin de l’année 1858, et plus précisément le 30 du mois de décembre, Draâ El Mizan fut érigé en centre de population d’une superficie de six cent quatre trois hectares et quelques ares. Le 9 mai 1868, les trois communes mixtes de la subdivision de Dellys avaient été créées par arrêté du gouverneur. La commune mixte de Draâ El Mizan entra en exercice le 1er janvier 1869. Elle comportait le territoire de la colonisation de ce village et les tribus de Boghni et de Aïn Zaouia. Ses ressources financières étaient de 8 680 francs (anciens) alors que le centre de Tizi Ouzou n’avait que 8 400 francs. Un arrêté gouvernemental du 18 mars 1870 décida de rattacher le centre du Palestro (Lakhdaria) à Draâ El Mizan. Selon le document que nous avons consulté, la commune mixte de Draâ El Mizan en 1869 comptait 172 français, 606 musulmans, 18 étrangers, 2 500 indigènes vivant en dehors du village. Dans le rapport adressé le 30 décembre 1858 par le prince chargé du ministère de l’Algérie et des colonies à l’Empereur lui demandant la création du centre de Draâ El Mizan, on peut lire : « Le poste militaire de Draâ El Mizan, créé en 1855, à l’entrée de la Kabylie, est devenu le chef-lieu d’un cercle. La population civile d’environ cent cinquante colons s’est fixée sur ce point et après avoir vécu du produit des diverses industries auxquelles donne naissance la présence des troupes, s’est successivement livrée à la culture des terres mises à sa disposition par l’autorité militaire. Des mesures ont été prises pour favoriser ce mouvement agricole de 683 hectares, dix-huit ares et 45 centiares a pu être ainsi définitivement affecté à ce centre dont il s’agit aujourd’hui de régulariser l’existence. Situé à proximité du fort et dans un emplacement très salutaire, possédant des terres d’excellente qualité, enfin relié aux villes d’Alger et de Dellys, où les produits du sol trouveront un débouché facile et fructueux, le village de Draâ El Mizan est dans les meilleures conditions d’avenir ». Le Prince insista auprès de l’Empereur en vue d’assurer l’existence légale de ce centre. Après ce rapport jugé convaincant, l’Empereur Napoléon a signé le décret portant la création du centre de Draâ El Mizan. Il est relevé dans ce décret : « Sur le rapport du Prince chargé du ministère de l’Algérie et des colonies, il est créé dans la subdivision de Dellys, province d’Alger, à environ quarante-deux kilomètres au sud de Dellys, un centre de population de quatre-vingt-deux feux, qui prendra le nom de Draâ El Mizan ». Dans un autre document, il est écrit qu’avant novembre 1858 déjà M. Verpriot (géomètre) avait reçu l’ordre de terminer le relevé cadastral de Draâ El Mizan. Par le biais de cette exposition, il a été permis aux jeunes de revivre l’histoire de Draâ El Mizan : des cartes postales de la période coloniale montrant le palais de justice, la mairie, les hôtels, le marché couvert, l’église et le monument aux morts et bien d’autres bâtisses existantes aujourd’hui. Pour la résistance, on ne peut s’étaler sur l’engagement des citoyens de la région, depuis l’arrivée des colons. Elle a été des plus glorieuses. On peut évoquer l’assaut de 1871 contre la caserne et autres soulèvements populaires jusqu’au déclenchement de la guerre de Libération nationale où la commune mixte de Draâ El Mizan constitua l’un des fiefs du mouvement national jusqu’à la réaction de la déclaration du 1er Novembre rédigée à Ighil Imoula. Draâ El Mizan, de Tizi Gheniff jusqu’aux Ouadhias en passant par Frikat et Aït Yahia Moussa a enfanté cinq colonels : feus Krim Belkacem, Ali Mellah, Amar Ouamrane, Salah Zamoum et Slimane Dhilès (en vie) sans oublier de citer les milliers de chahids qui se sont donnés corps et âme pour l’indépendance. Sur le plan artistique, on citera Slimane Azem, Farid Ali, Akli Yahiathène, Moh Saïd Oubelaïd, Oukil Amar et bien d’autres Akli D, Chenoud, Farid Ferragui… et les sportifs Mohamed Djemaâ, Dahmane Belkhodja, les frères Zoubir, Slimane Sahnoun et tous les autres que nous ne pouvons citer tous ici. Le dernier des Mohicans, Haddadi Mohamed l’auteur de plusieurs écrits dont Le Combat des veuves, disparu à la veille du réveillon, et l’écrivain Malek Haddad.
Amar Ouramdane
