Quand la misère réduit à la drogue

Assis à même le sol, le regard vide et hagard en ne se souciant guère de ce qui se passe autour de lui, cet enfant de 13 ans qu’on va appeler Rafik est victime d’une société sans foi ni loi.

Les séquelles visibles sur son visage témoignent bien de la misère endurée par ce chérubin que l’innocence a quitté malgré elle. Livré à lui-même sans toit ni quelqu’un pour le protéger des griffes des vautours, son seul refuge reste la drogue pour oublier un temps soit peu son quotidien fait de précarité et de mendicité pour se permettre le luxe de s’évader dans un monde artificiel, disait-il.

En effet, la consommation de la drogue chez cette tranche de la population a atteint des proportions alarmantes et ce, vu la misère qui les touche ainsi que l’écart social qui ne cesse de se creuser et une volonté de fuir une réalité de plus en plus dure en s’immergeant dans des « paradis artificiels ». Nous avons tenté de savoir les véritables raisons qui poussent ces jeunes à choisir ce poison comme disaient-ils la seule issue pour fuir leur quotidien et qui détruit leur santé physique et mentale. Après moult tentatives Rafik a voulu se livrer à nous en nous racontant son incroyable histoire ô combien dramatique. «Je suis né à Médéa dans une famille paysanne on vivait une vie modeste et on mangeait à notre faim, mon père était berger ainsi que mon grand frère, j’avais aussi une sœur mais depuis que……,» il se tait un moment en appréhendant le moment crucial où l’irréparable s’est produit puis poursuit le regard fixe « J’avait 5 ans mais je me souviens de tout, c’était la nuit quand des individus ont soudainement défoncé la porte de la maison on ne comprenait pas ce qui arrivait quand des individus armés ont tiré sur ma mère et ont égorgé mon frère et mon père je me suis enfuis et me suis caché derrière les bois j’ai entendu dire quelqu’un ( ya rabkoum djibouh) ils commençaient à me chercher avant d’abandonner en emportant avec eux ma sœur qui criait et pleurait. Après cette tragédie, j’ai été accueilli par mon oncle qui me malmenait alors, je me suis enfuis de la maison et depuis, je suis ici à Alger. La nuit je suis malmené par des gens et souvent tabassé. » A notre question de savoir comment il se procurait de la drogue il répond «le jour je travaille chez mon patron. Je vole des portables et des objets de valeur, la nuit mon patron me récompense avec une dose de kif et un sandwich, c’est du diluent ou snifer de la colle qui me rend incontrôlable » ce récit émouvant n’est qu’un exemple parmi d’autres, de jeunes gens qui s’adonnent aux psychotropes et autres pour tourner le dos à la misère. Le docteur F. Brahim psychologue nous confie : «J’ai mené une enquête à cet effet en me basant sur les patients que je reçois à la clinique et le résultat était édifiant, car la misère subie par ces enfants ainsi que l’absence quasi-totale des pouvoirs publics et l’incapacité des parents à subvenir aux besoins de leurs enfants et la misère dans laquelle vivent, les conduit souvent dans la rue et là, on apprend plusieurs pratiques dont la consommation de drogue sans pour autant oublier que le phénomène existe même dans les milieux aisés mais là c’est les drogues dures et chères qui priment. » L’oisiveté et le manque d’infrastructures et de loisirs pour ainsi combler le temps de nos jeunes et les empêcher de verser dans la drogue et d’oublier un laps de temps leur misère, sont de mise.

Ce constat établi nous renseigne tant bien que mal sur la situation endurée par ces drogués qui souvent n’ont pas le choix en l’absence de perspectives et d’avenir ainsi que la cherté de la vie qui empêche les familles à joindre les deux bouts et ainsi verser dans la précarité et la misère sociale qui font les premières victimes qui ne sont autres que les enfants souvent tentés d’une situation meilleure mais, hélas, la rue n’est souvent pas clémente pour ces jeunes dont le nombre ne cesse d’accroître et surtout en l’absence d’un vrai plan de réforme sociale permettant aux Algériens de sortir des abysses de la pauvreté et ainsi fuir les fléaux sociaux dont la drogue reste le plus important au sein de notre société.

Ainsi l’Algérie des 100 milliards de dollars de réserve de change n’arrive toujours pas à diminuer la misère mais au contraire son importance ne cesse d’accroître et ce, pour atteindre la formule classique « dans un pays riche comme l’Algérie, les riches deviennent de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. »

Dans les approches, dans le contexte actuel où la jeunesse algérienne est bannie de la liste des réformes ajoutant à cela les dégâts occasionnés par la horde criminelle qui a fait plusieurs orphelins et accentué la misère déjà persistante et où les fléaux sociaux font des dégâts, il est urgent de prendre des mesures adéquates pour ainsi réduire la dimension et l’ampleur de la misère en Algérie afin de sortir ces jeunes des griffes et du piège de la drogue et donner un nouveau souffle à notre société car malheureusement, souvent le mot misère rime avec drogue.

Hacène Merbouti