Une famille de 18 personnes, dont 5 enfants et 9 femmes parmi lesquelles figure une vieille dame, a été délogée manu militari du logement qu’elle occupait » provisoirement » pendant 15 ans à Oued Aïssi, pour être entassée dans un appartement de trois pièces à Tamda, 14 km à l’est de Tizi-Ouzou.
La famille Hamoudi, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, est ainsi contrainte se masser dans un F3 que l’APC de Tizi-Ouzou lui a octroyé suite à son expulsion du logement que cette même mairie lui avait accordée à titre provisoire en octobre 1993.
L’expulsion des Hamoudi de leur logis, qui n’est autre qu’un centre de soins désaffecté, sis dans l’enceinte de l’université de Rehahlia à Oued Aissi, le 27 janvier dernier, est, pour ainsi dire, légale.
La bâtisse s’est retrouvée, malheureusement pour la famille Hamoudi, sur le tracé du projet du chemin de fer qui devra relier Tizi-Ouzou à la zone industrielle de Oued Aissi. D’ailleurs, une des piles du pont à ériger à cet endroit a été dressée au ras du mur de la maisonnette. Quand au viaduc, il sera posé juste en dessous. Autant dire que » la maison provisoire » est à enrayer de cet endroit pour des raisons d’utilité publique mais aussi de sécurité.
Sauf que la famille Hamoudi ne conteste pas ce sort. Elle qui comprend parfaitement la justesse de vider les lieux pour la réalisation d’un projet d’utilité publique. C’est ce que nous a attesté Rachid, l’un des membres de cette famille. Mais ce que les Hamoudi contestent, c’est le fait de les » envoyer s’entasser dans un trois-pièces sans que les autorités n’aient le moindre état d’âme pour les 18 personnes qui forment la famille dont 5 enfants et 9 femmes. »
La mairie qui les a logés de cette sorte ne semble pas avoir pris en considération le nombre. Ou bien a-t-elle procédé encore une fois par le système D en accordant le droit au logement à Farida Hamoudi, fonctionnaire dans cette mairie, qui présente une fiche familiale à elle avec ses deux enfants.
Une attribution qui revêt un caractère légal au profit d’une fonctionnaire qui, à son tour, sera appelée à mettre ses frères, sœurs, père et mère ainsi que ses belles-sœurs et leurs enfants sous ses ailes ! Une trouvaille somme toute typique à la famille algérienne. Cela permettra bien évidemment aux autorités locales d’économiser au moins 4 à 5 logements.
Quatre ans au salon d’honneur de la mairie
Avant qu’elle n’atterrisse au centre de soins de Rehahlia, la famille Hamoudi a dû s’abriter dans le salon d’honneur de la mairie de la ville de Tizi-Ouzou quatre années durant. C’était l’unique endroit qui leur avait été » clément » des suites de l’effondrement de leur vieille demeure familiale de la Haute Ville.
En octobre 1993, le président de la Délégation exécutive communale (DEC) de Tizi-Ouzou, décide alors de » reloger » cette famille devenue encombrante, dans un centre de soins désaffecté, dans l’espoir de lui trouver un logement digne.
» Le président de la Délégation exécutive communale de Tizi-Ouzou, soussigné, atteste autoriser Mme Chikhaoui née Hamoudi Farida, à occuper la salle de soins désaffectée au niveau du village Rehahlia et ce jusqu’au règlement de son problème de logement », est-il mentionné dans l’attestation attribuée par le DEC, sous le n° 87 CTO/SG/1993, portant la griffe du chef de daïra M. Ben Meziane.
La solution alors trouvée à cette famille n’était en fait qu’une manière de se débarrasser d’elle du salon d’honneur qu’elle encombrait. Quinze années seront dès lors vécues dans le provisoire non sans danger de contamination vu l’état insalubre de la bâtisse désaffectée. Les Hamoudi, qui n’avaient pas le choix en somme, ne s’empêchaient pas de nourrir le rêve d’être relogés dignement. Rien n’en fut. Plutôt, ils étaient contraints de vider les lieux le 27 janvier dernier par la force.
Rachid atteste qu’ils n’étaient jamais avertis par qui que se soit de l’imminence de la démolition de leur » maison provisoire » jusqu’à ce qu’ils soient » surpris par la présence des forces de sécurité qui les ont chassés manu militari à 8 h du matin et l’entrée en action des deux engins qui ont tout démoli. »
M. A. T.
