l Les règles de bienséance, les habitudes élégantes qui régissent le langage dans notre société tendent à disparaître. On ne sait plus dire “merci”, on ne sait plus y répondre aussi. Et il devient presque démodé, surannée, dépassé (on dit de nos jours “périmé”) et par conséquent malaisé, d’observer encore certaines formes qui semblent être d’un autre âge. On ne sait plus rendre les politesses en employant ces paroles délicates qui faisaient une conversation agréable, légère et ces formules qui rehaussent sa propre valeur tout en étant un hommage implicite à l’interlocuteur.
Et quoi qu’on dise, se sentir respecté, apprécié n’a jamais déplu a personne. Aujourd’hui, hélas! impertinence, incorrection, manque de civilités caractérisent bien des comportements. Vous offrez de bon cœur quelque chose à quelqu’un, il saisit le présent sans souffler mot, non par gêne ou par émotion, non, il n’a rien à dire, on aurait envie de savoir au moins s’il est content, s’il est satisfait, s’il est déçu.. Non! cette attitude est fréquente quand vous dites “merci” ou “saha” a quelqu’un pour le remercier d’un service qu’il vous rend, il arrive fréquemment qu’il ne réponde rien ou lance en retour un autre « saha” histoire de dire quelque chose car il n’a pas de mot ou d’expression de rechange. On n’apprenait naguère ni à l’école ni dans les livres les formules de politesse qui régissaient le langage pour la bonne raison qu’on était souvent analphabète mais on reprenait sans faille, pour son propre compte, ce qu’on avait continué d’entendre dans sa famille et dans son entourage en utilisant le mot venu “sahit”. L’apprentissage se faisait depuis le berceau, on répondait automatiquement “Isselmek”. Le mort “hachak” utilisé à l’égard de celui ou celle qui se serait donné la peine en toute humilité de se baisser (et s’abaisse) pour prendre et vous tendre vos chaussures usagées ou tout objet à terre l’autre répondait en retour “Azak Allah” ou “Akiaz Rabi” (que de politesses, dirait un mufle, narquois de surcroît comme on entend souvent “Allah Ibarek”, formule employée pour exprimer admiration, considération, estime, il est répondu illico Ibarek Fik. Aaslama formule de bienvenue et de plus en plus remplacée par Ahlan wasahlan qui n’est pas de chez nous, une expression retenue des feuilletons-fleuves moyen-orientaux pour “yarham waldik » on était payé en retour d’un « Waldina waldik », “Allah issahal » par exemple de nos jours est remplacé par un “Terbah”, “Tessebhou Bkhir” on répondait par “Emsani Ekhir” toute ces formules imagées si douces à entendre, formules de paix qui entretiennent d’excellentes relations d’amitié, de fraternité et d’amour ont tendance à se perdre ; les repères disparaissent progressivement. Même les “merci” et “pardon” que les potaches apprennent à l’école sont oubliés une fois franchie la porte des classes. Il y avait des formules de politesse bien de chez nous pour toutes les circonstances de la vie, on les a dédaignées, oubliées. Elles étaient conservées jalousement et léguées de génération en génération. Ils semble qu’on n’en veuille plus désormais. On ne s’embarasse pas d’emphase. C’est “périmé”, diraient plus d’un. Il en résulte donc un vocabulaire bien pauvre l’économie au moins est sauve. “Sahit” quand on le prononce n’exprime pas toujours la reconaissance, il dit aussi “d’accord” ou “OK”, “vous pouvez disposer”, “je ne discute plus” ou simplement “salut” A vous de décoder le message. Un vieux débonnaire du village, outré, qui se qualifie de dinosaure et d’extraterestre parce qu’il ne se reconnaît plus dans certains comportements décevants et choquants d’autrui, nous confiait il y a quelques jours l’air fruste, chagriné “non pas que j’aie besoin que l‘on me témoigne de la reconnaissance pour un service rendu ou un cadeau offert mais juste que l’on me dise “merci”, normalement. “Normal !”, rétorque normalement son fils rappeur (à qui il n’avait rien demandé, histoire de dire ironiquement à son “vieux” indirectement d’appeler son père “vieux” dans les sociétés civilisées) “Keep cool !” (calme toi !) ou carrément “tu nous… ennuis!”
S. K. S.
