L’enfer de l’enclavement

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Metchik est un petit village où les habitations sont éparpillées, situé à 13 km environ au sud du chef-lieu de la commune de Boudjellil. C’est la galère pour les citoyens qui survivent, privés des commodités les plus vitales, et beaucoup ont fui les piètres conditions de vie qui y prévalent pour s’établir ailleurs, au niveau de centres urbains plus prometteurs. A Metchik, les apprenants doivent parcourir des kilomètres chaque jour pour rallier leurs établissements respectifs. Ceux qui travaillent doivent se lever à l’aube pour espérer trouver un hypothétique moyen qui leur permettra de se rendre au lieu où ils exercent. La première issue de sortie possible est une piste qu’on s’est tout récemment résolu à rendre praticable, mais qui a de tout temps été dans un piteux état. Ceux qui s’aventuraient à l’emprunter se confrontaient à son état lamentable, mais parfois à des obstructions causées par des torrents susceptibles de surprendre pendant leurs crues les véhicules qui passent. Dans leur périple quotidien pour sortir travailler ou faire leurs provisions, ces villageois sont à chaque hiver les otages de oued Amarigh qui se met en crue, les isole et les coupe du reste du monde. Le cours d’eau a déjà causé en 2004 la mort d’un gendarme qui rentrait de nuit pour passer alors la fête de l’Aïd avec sa famille. Autre victime imputable à cette rivière qui fait des crues spectaculaires en automne ou en hiver : cette femme qu’on n’a pas pu sauver, lors d’une crue importante en 1998, laquelle a empêché son l’évacuation pour l’hôpital le plus proche en vue d’un accouchement compliqué qui a eu raison de sa vie. A Metchik, les citoyens ont été forcés à l’exode à cause de la menace des groupes armés en 1995. C’est dans un CEM à Béni Mansour que les nombreuses familles en fuite avaient des mois durant élu domicile pour échapper aux représailles des terroristes.

Il leur avait fallu relever le défi en prenant des armes : seul moyen dont dépendait leur survie. Aujourd’hui, la menace terroriste ne pèse plus sur eux. Seulement, le risque de mourir à petit feu des malheurs du sous-développement est plus élevé que celui de subir une incursion des groupes armés ou de tomber sous leurs balles. Que de fois ces citoyens ont exprimé leur ras-le-bol ! Que de fois ils ont fermé la RN 5 à la circulation pour attirer l’attention des autorités sur leur calvaire ! Hormis une passerelle réalisée vers l’année 2000 et qui leur a procuré un bonheur éphémère car n’ayant pu résister qu’à une ou deux crues, rien n’augure d’un pont par exemple qui pourrait régler définitivement leur problème. Des promesses, c’est vrai, ils en ont eu depuis à différentes échelles de l’Etat. On leur avait même dit juste pour stopper leur élan de contestation “qu’une étude suivie d’un devis a été réalisée et qu’il ne manquait que le passage à la concrétisation”. Ces belles paroles, les habitants de Metchik les ont entendues en 2004 après s’être insurgés contre les autorités.

Cela fait déjà 4 ans et rien n’y fait car leur vie n’a pas bougé d’un iota. Depuis, les promesses faites par les autorités de Bordj Bou Arreridj et de Béjaïa sont restées une chimère. Aussi las et déçus par les promesses sans lendemain, ils ont fini par renoncer à leur revendications cardinales : le pont du salut.

B. B.

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