Le fiasco qui ne dit pas son nom

Une nouvelle fois les citoyens de Larbaâ Nath Irathen, à l’instar de ceux d’autres contrées de la Kabylie sont probablement conviés à participer aux élections partielles communales après celles boycottées par les archs en 2002, pour renouveler l’assemblée légiférante. Si des soubresauts plus ou moins graves et tragi-comiques n’accompagnaient pas cette opération, le scrutin projeté prêterait à sourire. C’est que la farce électorale n’a que trop duré. Lorsque dans les années 90, ces mêmes citoyens avaient le sentiment que leur participation à l’élection municipale allait peser sur la suite des événements en mettant « hors jeu » l’opportunisme, ils n’hésitèrent pas un instant à braver les interdits et les menaces. Ils se mobiliseront comme jamais à travers tous les villages. Ils assurèrent admirablement leur rôle de citoyens pensant sincèrement que les épreuves endurées par toute la Kabylie, y compris la localité de Larbaâ Nath Irathen avaient fini par avoir raison des intérêts personnels et des ambitions illégitimes. Même si le scrutin du 27 novembre dans la localité avait été entaché ici ou là par quelques irrégularités – dit-on – il était tout de même suffisamment crédible et la municipalité aurait pu engager alors une véritable « transition » démocratique et s’atteler à la construction de la commune tout en respectant le droit de chaque électeur. C’est du moins ce que chacun espérait. Malheureusement, l’ampleur de la mésentente lors de ces élections locales et les manœuvres de mauvais goût de celle-ci ont irrémédiablement brisé le contrat moral entre la société et nos élus toutes couleurs confondue. Profondément choqués par la malhonnêteté de leurs élus, les citoyens de Fort National voyaient se dissiper leurs dernières illusions. La fraude « verbale » éhontée, l’arrogance, des élus vis-à-vis de la population, l’absence de pudeur durant la campagne de certains, ont sonné le glas de la légitimité du processus électoral local. Un abîme profond s’est désormais formé entre d’une part, le citoyen de gauche ou de droite « islamiste » ou laïque et d’autre part, les élus, perçus comme des êtres sans foi ni loi, sans convictions politiques, sans sentiments ni pitié, sans un brin d’amour-propre ou d’honneur. Des êtres programmés avec un seul et unique objectif : garder le pouvoir local au prix de n’importe quelle turpitude et quoi qu’il puisse en coûter… à la population !! La Constitution est ignorée, la loi officiellement bafouée, la parole reniée, la vérité refoulée. Aujourd’hui trop de périls guettent l’avenir de la Kabylie entière, y compris cette ville aux mille panoramas. Une région souffrante est poussée peu à peu inévitablement vers les rivages de la dissidence. Des pans entiers de la jeunesse des deux sexes versent dans le désespoir et le nihilisme. Mais nos élus en place s’agrippent à leurs positions avec une endurance exceptionnelle.

Comment dans cette situation déletère, où le chaos est annoncé, les futurs candidats aux élections partielles locales pensent-ils « mobiliser » les électeurs ? Gageons que les citoyens de Larbaâ Nath Irathen sauront signifier aux escouades d’opportunistes leurs refus de l’encanaillement en les laissant bien seuls dans les isoloirs virtuels pour bourrer les urnes et signer les listes électorales au nom des « morts, des vivants et des morts-vivants ! »

S. K. S.