Tiwiza est une pratique ancestrale qui demeure dans nos montagnes malgré les interminables changements de la vie de chaque jour. Depuis des lustres, le volontariat a toujours marqué le quotidien des Kabyles. Dans l’organisation traditionnelle, Tajmaât, on pouvait palper le fruit de la solidarité des gens. Les villageois ne touchaient à rien sans la contribution de tout le monde. Ainsi, les tâches à faire deviennent moins pénibles. Par exemple, lorsque quelqu’un veut bâtir une maison, ce sont tous ses voisins qui vont prendre part. Chacun doit apporter sa touche jusqu’à la réalisation du projet. Idem pour les travaux agraires où des groupes de personnes s’adonnent au travail de la terre. Autrefois, même aller au marché se faisait collectivement, au point où les habitants de certains village ne se déplaçaient qu’en groupe. C’était un autre temps. Même les femmes partageaient les tâches des travaux ménagers, surtout lorsqu’il s’agit de préparer le couscous. Dans une ambiance de fête, la fatigue laisse place à un soulagement et à un plaisir partagé. Ces derniers temps, ces pratiques ancestrales ont tendance à être mises aux oubliettes, même si pendant quelques occasions la volonté des gens nous laisse croire à une autre réalité. Pendant la préparation des dalles de béton pour les nouvelles constructions, Tiwiza refait surface. En effet, tous les jeunes du village viennent avec leurs pelles, pour aider leurs concitoyens. Une manière d’aider autrui et de marquer la solidarité. De nos jours, les gens s’orientent vers un autre mode de vie de plus en plus penché vers l’individualisme. Peut-être que c’est Tajmaât qui meurt à petit feu. Dans la commune d’Akfadou et durant la saison chaude, le volontariat fait peau neuve. Comme un nombre important de personnes résidant en dehors de la région viennent passer les vacances dans ces beaux lieux, l’opportunité est propice pour effectuer des travaux communs. En effet, depuis quelques jours beaucoup de villages ont entamé leurs projets, chaque villageois doit verser mensuellement une somme d’argent à la caisse collective et contribuer physiquement à toutes les réalisations de ses pairs. Cela commence dès l’âge de 18 ans. Et celui qui ne se soumet pas à cette réglementation doit payer une amende «lekhteyya», sinon, il sera mis en quarantaine. Cette discipline n’est pas en vigueur comme au temps fort de Tajmaât, mais elle est toujours de mise. Depuis plus de dix jours, les jeunes du village Ath Saâda sont en train de réinventer Tiwiza. D’abord, ils se sont livrés au nettoyage en se chargeant de rassembler tous les déchets et de les brûler dans la décharge d’ordures. Ce n’est pas une bonne solution écologique, mais c’est mieux que rien. Ensuite, le groupe de volontaires a procédé au nettoyage du cimetière, celui qui passera par le lieu du repos éternel va sûrement apprécier ce bon geste. «Tiwiza va toujours exister chez nous, nous sommes la relève de nos aïeux et nous voulons perpétuer notre culture et nos traditions. Le volontariat est l’une des fiertés des Kabyles, il faut la sauvegarder», estime Arezki, un jeune du village. Désormais, l’été s’annonce mouvementé.
Mohand Cherif Zirem.
