Avec ses deux sections actuelles de douze élèves chacune, il donne plutôt l’image d’une école, en plein déclin, qui attend que sa fermeture signe la fin d’une époque. C’est en tous cas l’impression qui se dégage de cette annexe du CFPA, dont les conditions d’accueil des stagiaires ne cessent de se dégrader. Le manque de moyens, particulièrement l’insuffisance de personnel qualifié, sont des indices qui ne trompent pas quant au sort réservé a cette structure.
Le fait que beaucoup de jeunes filles, en quête de formation, préfèrent s’adresser à des ateliers privés pour des stages, bien que payants, est en lui-même révélateur du manque d’intérêt suscité par cette structure de l’Etat auprès des concernées. De par son étendue, l’établissement pourrait, avec des aménagements adéquats, élargir l’éventail des spécialités dispensées et sortir du « carcan du tapis et de l’habit traditionnel où l’on veut enfermer nos filles », nous confie une parente d’élève. Ce qui révolte encore plus les citoyens de la région, c’est de constater que même les enseignants qualifiés, qui assuraient la formation, ont quitté le centre pour d’autres écoles mieux situées. Depuis le décès de la seule titulaire le centre artisanal fonctionne avec des vacataires ou des jeunes filles recrutées dans le cadre du filet social. Créé dans les années 70 suite à la fermeture de l’ouvroir des Sœurs blanches le centre artisanal de Ouaghzen, le seul du genre dans la commune d’Ain El Hammam, représentait alors une planche de salut pour les filles qui ne pouvaient, pour une raison ou une autre, accéder au CEM ou au lycée. Sa réalisation avait été accueilli par les parents comme une bénédiction, à une époque où, traditions obligent, il n’était pas évident d’envoyer sa fille étudier hors du village. Les parents avaient trouvé, en cette école, un lieu idéal où leurs filles pouvaient suivre une formation « devant chez nous », comme ils se plaisaient à le dire. Même le CFPA, construit par la suite sur les hauteurs de la ville, ne l’a pas détrôné du fait qu’il n’a pas répondu aux attentes, à cause de son éloignement de la région des Ath Menguellet. Pourtant le centre artisanal de Ouaghzen a formé tant de générations de tapissières dont le travail est reconnu au-delà de nos frontières. Il peut se targuer d’avoir créé sous la houlette de Na Taous Ath Abdeslam, une des pionnières du tapis berbère, le « motif de Ouaghzen », propre aux Ath Menguellet. De nombreuses mères de famille dans le besoin, arrivent, aujourd’hui, à faire face aux difficultés de la vie grâce à l’art de la tapisserie, acquis sur les bancs de ce centre situé au centre d’une quinzaine de villages. Une attention particulière doit lui être accordée par les pouvoirs publics afin que « l’artisanat » ne meure pas.
Nacer B.
