«Scier la branche sur laquelle on est assis» n’est pas recommandé. C’est pourtant ce qu’a fait un jeune chasseur inconscient. C’est son histoire que nous allons vous raconter à travers ce conte du terroir. Autrefois, il y avait un paysan fort riche qui a pu se constituer au fil des ans un patrimoine forestier, où abonde le gibier. Fervent chasseur, il eut un fils à qui il a inculqué la passion de la chasse. Le père chasse la journée, jamais la nuit. Pendant la période de reproduction des oiseaux et des animaux, il s’abstient. Grâce à cela, il a pu tout le long de sa vie, manger du gibier et en offrir à ses amis. Après la mort du père, le fils eut en héritage le patrimoine familial. En tant qu’unique héritier, il jouit de tous les droits. Si durant des années, personne n’a été autorisé par le père à chasser sur ses terres, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Débonnaire à l’excès, le fils invite ses amis et les amis de ses amis à chasser dans sa giboyeuse propriété. La chasse se pratique de jour comme de nuit et en toutes saisons, même en période de neige, où les animaux sont vulnérables et les oiseaux faciles à capturer. Après quelques années de ce régime draconien, la faune est décimée. Bientôt on ne voit aucun animal, ni oiseau dans toute la propriété. Comme à l’époque la chasse était la principale activité, l’imprévoyant chasseur n’avait plus rien à manger. Comprenant un peu tard son attitude d’extermination irréfléchie, il s’exile vers d’autres contrées où il espère trouver du gibier. Il abandonne sa mère éplorée. Au cours de ses pérégrinations, il trouve à la lisière d’une forêt une hutte où vivent deux sœurs d’une grande beauté. Elles vivent là, toutes seules depuis que leurs parents ont péri dans un incendie de forêt. Il s‘approche de la hutte pour se renseigner. Il les voit. Il est ébloui. Il leur dit :- Je me suis perdu, je cherche un refuge pour la nuit. Si vous m’offrez l’hospitalité demain matin je partirai !- Nous sommes deux jeunes filles, c’est inconvenant de vous recevoir, mais si vous nous promettez d’être sage, et de vous tenir correctement on vous fera une exception. Le soir autour du dîner les langues se délient. Les deux jeunes filles sympathisent avec le jeune chasseur et lui font une proposition étrange. – Nous n’avons pas de frère, nous allons être tes sœurs pour la vie. Tu vas nous protéger, et tu deviendras au même titre que nous propriétaire de cet endroit où tu pourras chasser du gibier à longueur de journée. Comme tu es un grand chasseur, tu pourras nous apprendre aussi le métier. Devenu membre à part entière de la famille, le jeune chasseur se rend un jour dans la forêt. Avisant une grande mare (thamd’a) il se met à l’affût pour essayer de surprendre du gibier. Son arc et ses flèches dans la main, il attend d’éventuelles proies. Soudain, devant ses yeux éberlués, il voit deux belles colombes immaculées se poser au bord de l’eau. Il tend son arc, avant qu’il ne décoche sa flèche, il voit les deux colombes se métamorphoser, en deux splendides jeunes filles. Complètement nues, elles se jettent à l’eau et commencent à s’ébrouer. Il s’approche d’elles, pour mieux les regarder. Subjugué, il trébuche sur une souche et tombe. Sa chute attire le regard de la plus belle des filles. Surprise dans sa nudité, elle le transperce du regard et aussitôt il se transforme en pierre (avladh). Les deux jeunes filles sortent de l’eau, redeviennent colombes et prennent leur envol. D’habitude le jeune chasseur rentre chez ses sœurs adoptives avant le coucher du soleil. Mais ce soir-là, le soleil était déjà couché, et il n’était pas encore arrivé.
enrejdal Lounes (A suivre)
