Ces femmes oubliées par l’histoire : Hanifa Mostefaï, dite Foufa

Née le 18 janvier 1928 à El Kseur, sage-femme à la retraite mais continuant à exercer pour rendre service comme du temps de la Révolution, « Foufa » n’est une « célébrité » pour la jeunesse el kseuroise que par sa fonction. Et pourtant, sa contribution à la lutte du peuple algérien pour son indépendance est exemplaire. C’est vers la fin de l’année 1956 que Foufa, qui exerçait au centre de santé d’El Kseur, s’impliqua avec d’autres « mounadilates » dans la lutte en fournissant des médicaments aux maquisards par l’intermédiaire de ces « mounadilates ». Elle ne se limite pas aux médicaments, mais elle peut se procurer des « pataugas » et des instruments servant aux actions de sabotage qu’elle confiait à son père, chargé de les remettre aux maquisards. Cela dura jusqu’à l’Indépendance. Quant à sa fonction de sage femme, elle n’a jamais hésité à répondre à toute sollicitation émanant des maquis de toute la vallée de la Soummam qu’elle a sillonnée… à dos de mulet. L’ayant rencontrée chez elle, à El Kseur, elle n’a pas hésité à nous raconter sa peur bleue le jour où elle s’est rendue à Imellahen (sur la route de Berbacha). Ce jour-là, son mari la déposa sur la route avant d’emprunter le chemin du village Imellahen à dos de mulet. Au bout d’un moment, le guide la mit à « canarder » dans toutes les directions. A la question de savoir pourquoi. Le guide répondit qu’il avait vu… des chacals, sans trop chercher à comprendre, Hanifa Larbi donna un coup de talon au mulet qui se mit au galop jusqu’à l’entrée du village. C’est là qu’une surprise désagréable l’attendait. En effet, une femme du village lui pose la question suivante : « Avez-vous des fellaghas chez vous ? ». Ayant compris que ce village était soumis à la France, Foufa fut prise d’une peur qu’elle n’a pas oubliée à ce jour. Cela ne l’empêcha pas de faire son devoir car il s’agissait de faire un accouchement, un point c’est tout. Il est vrai que lorsqu’il s’agit d’actes humanitaires même en temps de guerre, on doit assister et soigner même ses ennemis. Foufa a tenu à nous raconter cette histoire mais sans manquer de traiter de tous les noms le village Imellahen.

Cela n’était que de la peur. En effet, en exerçant sa fonction de sage-femme au centre de santé d’El Kseur, elle a toujours rempli des ordonnances à la place du médecin, profitant du surplus de médicaments, et ce jusqu’à son arrestation par les autorités françaises début juillet 1957.

C’est ainsi qu’elle fut arrêtée et torturée à la sinistre maison de Bourbaâtache. Elle se souvient parfaitement du sergent Morvezin qui l’a interrogée des heures durant en passant par l’intimidation psychologique et la torture. Malgré cela, Hanifa Mostefaï n’a pas dit un seul mot. On lui avait même ramené sa fille Hind alors âgée d’à peine deux ans, afin d’essayer de lui faire du chantage, pour briser son courage.

Au tribunal d’El Kseur, elle n’hésita pas à lancer au juge, au point de choquer son avocat, cette phrase : « Jamais je n’oublierai ce que la France m’a fait ». Faute de preuves, elle fut relâchée. Ensuite, Foufa reprit ses activités militantes jusqu’à l’Indépendance.

Des femmes et des hommes de ce genre que l’histoire de la Guerre d’Algérie ne cite pas, il en existe bien plus qu’on ne le pense. Certains sont morts dans l’anonymat le plus total, d’autres ne sont connus que par leur entourage.

Tarik Amirouchen