Depuis quelques mois, une certaine presse, gagnée par un anti-kabylisme primaire, s’efforce d’éterniser une campagne acerbe contre la Kabylie présentée, par des plumitifs, comme le couvent d’une évangélisation effrénée et principale source de dépersonnalisation de l’Algérien. Soit!
Sous prétexte de veiller à la foi « inébranlable » de l’Algérien, institutions, médias et lobbies tentent de nous faire croire que la concurrence cultuelle est tellement déséquilibrée qu’il faudrait un sursaut d’orgueil national pour la contrer. Pour ce faire, il faut islamiser les Kabyles, les rééduquer et leur apprendre à ne pas sortir du « Sirat El Moustaqim ».
De fil en aiguille, d’autres journalistes-militants emboitent le pas à leurs collègues pour nous accabler de tous les maux : ainsi, nos jeunes se droguent, nos femmes se dévergondent et nos familles se disloquent. Loin de moi l’idée de polémiquer et sans chercher à justifier, la Kabylie n’est pas si menacée et si, marasme socioéconomique aidant, elle s’engouffre, ce ne serait certainement pas un cas en Algérie tant la crise s’est généralisée et touche toutes les contrées du pays. J’invite ceux qui colportent des sottises sur la région de venir découvrir un islam authentique, sain et tolérant que pratiquent nos mères et nos pères à l’heure actuelle. Ça leur servira de leçon de vie !
Aussi, je rappelle que la migration cultuelle qui gagne l’Algérien ne peut s’expliquer que par sa recherche de nouveaux horizons tant ceux auxquels il est cloué par les fondamentalistes le bornent sur les voix de la violence et de la déchéance. Parce qu’après tout, au lieu de régenter la liberté de culte et de conscience, somme toute légitime et constitutionnellement consacrée, les gardiens de la morale gagneraient à endiguer le comportement anti-coranique d’imams pédophiles, de chefs de missions de pèlerinage corrompus et de gestionnaires de zaouias entrepreneurs. C’est peut-être là qu’on trouverait une explication au désenchantement de nos jeunes.
Et puis, n’est-il pas anti-islamique d’imposer une foi commune aux Algériens tant le livre saint reconnaît la multiplicité des livres, des religions et leur légitimité ? Un rapport officiel dont ont fait écho quelques titres de la presse nationale fait état d’une trentaine de wilayas gagnée par le « phénomène » d’évangélisation. Ne faut-il pas comprendre par là que c’est une réalité nationale et que l’Algérien apprend à vivre ses libertés et à se construire des repères autres que ceux qui l’ont jusqu’ici dépersonnalisé ?
Il y a, derrière cette campagne contre la Kabylie, comme une volonté à légitimer parfois l’action terroriste dans la région. Des commentaires lus dans des colonnes de journaux créditent ce sentiment. Et plus grave, les ennemis de la Kabylie agissent comme si l’Algérie est en situation de calme plat. Oubliés les scandales de corruption, les grèves à répétition, les attentats-suicide, les harragas…etc. L’Algérie va très bien et son seul problème est la Kabylie. Ce cliché ancien, érigé ensuite en conviction nationale, alimente la cohésion des islamistes et constitue le ciment des anti-Kabyles. La Kabylie comme chair à canon. Cela se voit à la veille de chaque grande échéance. Le feuilleton des présidentielles commence par le fourvoiement des clientèles en s’attaquant comme un seul homme à une région frondeuse sur laquelle tous les venins sont versés. Et comme sa haine fait légion et consensus, une telle attitude vous baptise comme légionnaire dans les rangs d’authentiques algériens, musulmans, pieux et attachés à leurs religion comme une enfant aux pans de la robe de sa maman. Il est temps de dire haut et fort la vérité aux Algériens: la Kabylie abrite le plus grand nombre de mosquées et de zaouias et pratique un islam authentique et cohérent, résiste au terrorisme et lutte contre l’injustice. La Kabylie veut s’épanouir et vivre la liberté. L’Islam, le christianisme ou le boudhisme, s’il en est, ne peuvent constituer des menaces. Bien au contraire. S’ils sont pratiqués sainement et considérés comme une simple pratique culturelle, ils peuvent servir de tremplin au renforcement de la personnalité de chacun. Il serait vain et dangereux de persister dans cette voix de « clonage des consciences ».
Enfin, comme dirait le barde : « W’ibghan ad izur lemqam, ad yezwir seg at wexxam ». Autrement dit, avant de braquer leurs yeux sur la Kabylie, ces fossoyeurs disjonctés devraient s’intéresser aux réels dangers qui guettent notre pays et le menacent dans ses fondements !
Belkacem Boukherouf
