Tout d’abord, ce détail qui vaut son pesant exigé par Aït Ahmed : faire l’émission en direct. Pas question d’un enregistrement. Quitte à se retrouver dans une situation inconfortable où il avait l’air de perdre parfois le fil de son intervention. Est-ce là le signe d’un homme politique qui commence à être contrarié par le poids des ans et de la responsabilité ? Pas évident. Car Dda L’ho s’est révélé tout au long de son intervention très lucide et surtout conscient du poids des mots qu’il cherchait à soigneusement placer. C’était le cas lorsqu’il devait évoquer avec beaucoup de courage l’implication de Krim Belkacem dans l’assassinat de Abane. « C’est difficile de parler de ces choses, mais il faut dire la vérité. Krim n’était pas un politique mais bien un militariste et il a dû collaborer avec le groupe des trois qui a décidé de l’exécution de Abane (…) J’ai posé la question à Mehri lors de notre dernière rencontre et il m’a répondu ceci : Si on avait créée le GPRA aussi vite que vous avez envoyé le rapport, c’est Abane qui aurait été Premier ministre… ». Auparavant, Aït Ahmed est revenu longuement sur d’autres questions tout autant historiques notamment son intronisation à la tête de l’OS, et l’accord conclu avec l’ex-président Ahmed Ben Bella qu’il considère « parvenu à une place qu’il ne pouvait assumer. Il ne pouvait pas être Président ». Evoquant le renversement de ce dernier par ce qu’il appelle « la matrice politico-militaire » à laquelle il identifie le groupe de Boumediene et Bouteflika, Aït Ahmed considère que Ben Bella n’est pas dans le juste aujourd’hui en tentant de dissoudre le coup d’Etat dans le projet de la reconciliation nationale. « Si ce n’est qu’un problème qui concernait Ben Bella et Bouteflika personnellement, le pardon aurait été des plus naturel et acceptable. Mais la question est tout autre », fera remarquer le chef historique du FFS. L’enchaînement l’amènera à évoquer indirectement le projet de l’amnistie générale qu’il s’est exercé à ignorer. Fidèle à sa ligne et à l’accord conclu à Saint Egidio en 1995, Aït Ahmed s’en tiendra à cette « alternative que l’Algérie a raté pour épargner les 200 000 morts qui ont péri dans la crise ». Pour Aït Ahmed, l’Algérie n’est pas pour autant ce qu’elle devrait être. Il le dit avec ironie en évoquant les « 45 milliards de réserves et les 14 millions d’Algériens qui vivent au-dessous du seuil de pauvreté. L’Algérie c’est l’Ukraine moins la solidarité ». C’est le constat qu’il fait de l’Algérie d’aujourd’hui, « toujours sous l’emprise du système militaro-policier ». Interrogé sur la prétendue rencontre qu’il aurait eue avec le président Bouteflika récemment en Suisse, l’intervenant a démenti de manière tranchante l’information tout en réaffirmant son option pour le dialogue. « J’ai toujours été un homme de dialogue mais si on doit s’y mettre c’est pour sortir avec du concret. Mais je ne pense pas que ça puisse aller plus loin avec Bouteflika. Même Zeroual m’avait envoyé des émissaires pour me demander de nous rencontrer à l’époque. Et je n’ai pas dit non mais il fallait entamer ça par des approches préliminaires entre les deux parties ». Par ailleurs, Ahmed n’est pas allé par trente-six chemins pour établir une relation directe entre l’assassinat d’un élu local de son parti à Bouira et la campagne bruyante entamée pour le renvoi des assemblées locales en Kabylie. « On a cherché à intimider les autres », a-t-il avancé sans pour autant signifier quelle serait la position de son parti en cas d’élections locales anticipées dans les prochains mois, comme il est dit ça et là. Il ne cherchera pas non plus à s’étaler sur la « crise » interne qui secoue son parti. « Vous savez, le FFS se porte le mieux possible dans les conditions politiques, sociales, répressives actuelles. C’est un miracle que le FFS puisse encore… Mais nous aurons notre congrès. Maintenant c’est vrai qu’il y a défaillance, c’est peut-être l’effet de déceptions, de jalousies… Ce n’est pas facile tout ça ». Enfin, avant d’être appelé à s’exprimer sur des questions ayant trait à l’actualité internationale, notamment le problème du Sahara Occidental qu’il qualifiera « d’insensé » entre l’Algérie et le Maroc, tout en plaidant pour l’ouverture des frontières maghrébines. Aït Ahmed n’a pas raté l’opportunité de dire son sentiment sur les évènements de Kabylie : « La révolte de la Kabylie est loin d’être un cri pour réclamer tamazight mais c’est pour dénoncer le système policier et réclamer un débat de droit. Malheureusement, l’élan populaire a été exploité par un groupe d’opportunistes aidés par des milieux occultes du séraïl », assénera-t-il. Pour lui, « Les aârouchs ne sont plus que dans l’organigramme du pouvoir ».
Djaffar C.
