Par: Ahcène Belarbi
Militant de la cause berbère, il fait partie des 24 prisonniers historiques d’Avril 80. Journaliste et partisan de toutes les luttes pour les droits et la dignité humains, il est assassiné le 19 février 1996, à l’âge de 40 ans.
Qui ne connaît pas Mouh-Achour, ne peut savoir à quel point l’homme est grand dans sa simplicité, et l’intellectuel qu’il fut, fidèle à ses principes de justice et de démocratie.
Orphelin de père, de bonne heure, il est confronté, à l’âge de 16 ans, aux dures réalités de la vie d’adulte : il quitte l’école pour travailler, assumant une responsabilité familiale qui pèse lourd que ses frêles épaules d’adolescent.
Loin d’accabler le destin – Mouh-Achour n’était pas fataliste-, il prend la vie du bon côté, en se gaussant de ses avatars. Une manière à lui de cultiver un optimisme inébranlable jusqu’à devenir caractéristique de sa personnalité, de sa manière d’être.
Artiste-né, il met très tôt son talent de percussionniste au service des chanteurs de renom, tels : Aït-Menguelet, Matoub Lounes…
Plus tard, immergé dans les milieux estudiantins d’Alger et de Tizi-Ouzou, il y fourbit ses armes de militant de la cause berbère et de la démocratie, tout en acquérant une formation politique de gauche. Ses convictions politiques l’amènent à adhérer au Front Uni de l’Algérie Algérienne (FUAA) de Rachid Ali Yahia, dans le cadre duquel il est arrêté le 20 avril 80 en tant que » berbériste « .
Emprisonné à Bérrouaghia avec 23 autres militants du mouvement berbère, il est libéré, à l’instar de ses compagnons, en juin 1980, sous la pression populaire qui a infléchi le pouvoir répressif algérien. Dés lors, son engagement dans la lutte pour la reconnaissance de la culture berbère et l’instauration d’un Etat de droit, en Algérie, deviennent sa raison de vivre. Sa conscience d’intellectuel s’affermit et trouve son expression dans un cadre journalistique : il collabore au quotidien Alger républicain, puis à l’hebdomadaire Le Pays, où il exerce comme grand reporter. Dans ses nombreux reportages et interviews, il met en valeur aussi bien l’existence d’une pensée progressiste populaire, que les énergies, notamment associatives, activant pour la concrétisation d’une société aux antipodes de l’obscurantisme étatique régnant.
Malgré les menaces de mort, à l’instar de ses collègues du journal Le Pays, qui pèsent sur lui, Mouh-Achour Belghezli, continue ses activités d’intellectuel avec le courage et l’humour corrosif qui le caractérisent. Charismatique et polémiste redoutable, il est intraitable devant la bêtise, l’intolérance, la haine ou l’injustice. Ses interventions publiques, à l’occasion d’évènements ponctuels, sont souvent spontanées et percutantes : son langage franc se moque de tout euphémisme, de toute retenue. Pour l’exemple, cette réaction qu’il a eue, lors d’une conférence sur l’Islam, donnée par feu le professeur Stambouli, à la maison de la culture de
Tizi-Ouzou, en 1994, où un étudiant islamiste crache sur la culture berbère, en diabolisant les valeurs qu’elle véhicule.
Mouh-Achour bondit sur la scène, bouscule l’énergumène, en lui arrachant le micro des mains et vocifère : « Ce genre d’animaux, on ne doit pas les laisser prendre part à des débats qui concernent des êtres humains… Il faut les mettre dehors avec un coup de pied au derrière! … »
L’assistance applaudit. Mouh-Achour Belghezli venait d’exprimer tout haut ce que tout le monde pensait tout bas.
Ayant quitté le journal Le Pays, Mouh-Achour, ce mordu de la communication, monte une boîte de publicité : Universal-Com.
Preuve de son optimisme et de son courage jamais démentis, il allait enfin prendre une revanche sur le sort impitoyable qui ne l’avait jamais favorisé : en s’investissant dans un secteur qu’il maîtrisait en professionnel, il était promu à une réussite et un avenir certains. Hélas ! Le destin persécuteur se manifeste, en cette matinée grise du 19 février 1996, pour la dernière fois, sous la forme d’assassins. L’injustice innommable de bourreaux minables brise la vie d’un homme, d’une famille : abattus de plusieurs balles, lui et sa jeune secrétaire, Mouh-Achour Belghezli laissait derrière lui une jeune veuve et deux petits orphelins.
L’Algérie démocratique ne l’oubliera pas. Car si sa vie est brisée, sa mémoire est à jamais vivante.
A. B.
