Début de la campagne de fenaison

Depuis le début du mois en cours, les faux, faucilles et faucheuses tractées font leur apparition et entrent en action : c’est le début de la campagne de fenaison. La fébrilité coutumières s’empare de nouveau des paysans qui engagent une course contre le temps pour finir les travaux de fauchage et la mise en grange avant l’arrivée des grandes chaleurs. Si pour les champs semés de fourrages, tels le trèfle, sorgho et lisière la récolte est moyenne, le foin sauvage par contre affiche un taux de rendement inférieur à l’année passée. Ce qui se répercuterait automatiquement sur le coût du cheptel qui va une fois de plus entamer sa courbe descendante et par ricochet sur le niveau de vie des petits éleveurs, une catégorie d’agriculteurs pour lesquels n’existe aucun mécanisme de protection et dont le pouvoir d’achat dépend directement du taux de la pluviométrie et de la clémence de la terre. Des fellahs dont les conditions de vie sont aussi instables que celles atmosphériques avec des hauts et des bas. Malheureusement, depuis presque une décennie les  » bas  » sont fréquents et considérablement supérieur aux « hauts », un haut qui n’existe d’ailleurs que dans le discours officiel, loin de refléter la réalité amère de ces petits paysans qui forment l’écrasante majorité de la population des zones rurales. Rien qu’à observer la manière avec laquelle ces petits éleveurs fauchent le moindre brindille d’herbe on comprend que leur  » aisance d’antan  » a disparu pour laisser place à une précarité criante, semblable à celle des années 60. Ils ne peuvent plus désormais acheter l’aliment de bétail et avoir suffisamment de provisions pour l’hiver, le moindre sou est destiné à la  » nourriture de la famille  » qui a atteint des sommets de cherté effrayants pour ces petits paysans qui ont d’autres ressources de  » survie  » que leur maigre cheptel et des lopins de terre ingrat. Une situation qui est loin d’inquiéter les pouvoirs publics.

Peut-être attendent-ils que des émeutes éclatent pour daigner se pencher enfin sur les conditions actuelles de vie des populations de campagne en Kabylie particulièrement, d’autant plus que les circonstances atténuantes qu’on a accordées au pouvoir en place en raison du terrorisme dévastateur n’existe plus. C’est ce même pouvoir qui les a matés et que l’économie nationale est en bonne santé. Que l’on fasse un sondage dans ces régions de l’arrière pays pour s’apercevoir que la peur règne en maître absolue et la bonne santé économique n’a aucune répercussion positive sur le niveau de vie de la population, bien au contraire. L’un de nos écrits à travers nos colonnes, intitulé  » Tant que l’herbe est verte « , faisant référence à des citoyens qui ont recours à de l’herbe comestible pour garnir le fond de leurs marmites, nous a couté quelques reproches et réprobations de ceux qui veulent et espèrent nous voir caresser dans le sens du poil, mais devant le désarroi de ces malheureux citoyens on a plutôt envie d’utiliser la carde « Akhardache ».

Omar Soualah