Nous nous souvenons tous de cet » s. o. s. indulgence ! » qu’avait lancé Kaci Tizi-Ouzou à partir de son lit d’hôpital. Fort heureusement pour l’artiste, son appel de détresse avait était entendu par la plus haute autorité de l’Etat qui du reste et comme nous tous, c’est le moins que l’on puisse dire, ne pouvait pas rester insensible à l’image d’un vieil artiste agonisant sur un lit d’hôpital. Ce réflexe qui consiste à rattraper (ou à se rattraper) à la dernière minute et en grande pompe des artistes sur le point de partir est hélas monnaie courante.
Il y a quelques mois, Chérifa a été l’hôte de la wilaya de B. B. A. Elle y a été l’invitée d’honneur d’une manifestation rendant hommage à feu Mammeri. L’artiste a été sans doute touchée par tant d’égards et de gratitude. Mais cela ne l’empêchera pas d’avouer à Nabil Mehieddine, un jeune cinéaste, ceci: » Je n’ai même pas où accrocher les tableaux que l’on m’offre. » A qui sait entendre, il s’agit là d’un appel de détresse. Triste fin de carrière d’une artiste qui, plus que chanter, a imposé la voix de la femme à un moment où rien que montrer son visage était considéré comme une grande atteinte au nif et à la horma kabyle.
Des exemples de cette triste nature sont hélas nombreux. Il est récurrent aussi qu’une institution ou association se souvienne de tel ou tel artiste et marque alors une halte pour l’honorer et dire combien la culture algérienne lui est redevable et s’incliner avec respect devant tant de sacrifices consentis.
Cette reconnaissance est, bien entendu, une bonne chose surtout lorsqu’elle ne s’inscrit pas dans un cadre posthume et n’est pas motivée par une considération politique du genre ‘’âouhda thalitha ». Cette halte honore réellement l’artiste qui la prend comme une cerise sur le gâteau. Mais bien avant la cerise, l’artiste, tout comme n’importe qui d’ailleurs, a tout simplement besoin du minimum qui fait que la vie devienne un tant soit peu supportable. Mais cela passe par l’implication de l’Etat. A ce propos et dans un entretien accordé à notre journal Khalida Toumi, la ministre de la Culture, affirmait avoir pris la mesure de » toute l’urgence qui s’attache à la réhabilitation de l’artiste qui passe nécessairement, à notre avis, par l’importance des droits à la reconnaissance et à la protection sociale dont il a besoin. » Selon la ministre il est question, entre autres, de » La promotion et la défense des intérêts professionnels, sociaux et économiques des artistes, ainsi que la protection de leurs droits. » La démarche s’inscrit dans un dispositif global qui prend en charge le statut des artistes dans tous ses aspects.
Mais au-delà des prédispositions de madame la ministre et autres considérations relevant de l’émotionnel, l’art est d’abord et avant tout un produit soumis à la loi du marché. La faiblesse de ce marché de l’art et, aussi la faiblesse de la production artistique ne peut qu’avoir un impact négatif sur la situation sociale de l’artiste. Au final, le devenir socio-professionnel de l’artiste est lié au marché de l’art.
Un marché qui, comme tout autre marché, suppose l’existence d’un consommateur et d’un producteur. Il incombe à l’Etat de former, à travers ses écoles le ‘’consommateur », et de réveiller la fibre artistique de l’Algérien anesthésiée par l’islamo-baâthisme. Il incombe aussi à l’artiste de produire de l’art, le véritable art, cette ‘’beauté formelle créée à partir d’un rien »
T. Ould Amar
