Y’a n’a marre !

Rinas j m’en fous, 14 ans, Lbacir ifuh lakul, 15 ans, Yidir la sieste, 16 ans et Muqran JSK, 15ans, se sont rassemblés jusqu’à tard dans la nuit du dimanche à lundi, pas loin du carré des Martyrs n At R’gad. Cette nuit-là, les quatre ados avaient pris la décision de faire entendre leur voix. « Tout le monde parle di taddart, tout le monde a son parti politique ou son association satellite, sauf nous, icawraren ! », entame son préambule Lbacir ifuk Lakul.

Yidir la sieste, le plus alphabétisé des quatre pour avoir atteint s smata la dernière étape du cycle fondamental, rassemble les bribes de connaissances approximatives qu’il acquises, malgré lui, pendant les cours n terbiya lmadaniya :

– Demain c’est la Journée mondiale de l’enfant. Ihi…

– Et alors ? d’abord, d acu-tt la Journée mondiale-agi ?, l’interrompt Lbacir ifuh Lakul.

– La journée-agi ad yili umeslay ghef les droits-nnegh. Tout le monde va parler, hala nukni. C’est pourquoi je propose que tikkelt-a d nukni ara ihedren

– Pour dire quoi ?, l’interroge Rinas j m’en fous.

– Pour dire : y’a n’a marre di ddunt-agi, y’a n’a marre seg wektili iberdan, y’a n’a marre si cemma n nghid, y’a n’a marre seg tamen n taddart, ya n’a marre seg tiwizi n bessif, y’a n’a marre si lhedjubegga n tbannagin…y’a n’a marre seg lmiziriya !

– Mais ça tout le monde le sait. On n’a pas besoin de le dire.

– Justement on ne va pas le dire kan, s’explique Yidir

– Amek ihi ?, interroge à son tour Muqran JSK

– On va faire comme larac : on va le dire avec les pneus…

– Ihuh ! ça devient intéressant, trouve Rinas j m’en fous

Cette idée de révolution pneumatique a fait l’unanimité. Mais avant d’en arriver-là, Yidir le savant propose à ses corévolutionnaires une feuille de route où il est question d’une série de conclave qui devrait se solder par l‘élaboration de la plate-forme des ados. Au terme d’une marche qui s’ébranlera seg taddart, le 14 juin, le document sera remis au Président de la République.

N’oubliez pas l’enfant, qui a les doigts brisés,

A remuer la terre, à tisser des tapis,

Des petits doigts si fins et jamais caressés,

Qu’il est dur de comprendre qu’ils soient déjà jaunis.

N’oubliez pas l’enfant qui ne sait plus rêver,

Quand il vend son jeune corps, lorsque la faim le prend,

A d’immondes pervers, puissants et protégés,

Et qui souillent de leurs mains, la pureté d’un enfant.

(Poème de Dejanire)

T. Ould Amar

t. ouldamar@yahoo. fr