Ce fut magnifique !

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Et quand le tout est magistralement organisé par les Etablissements Arts et Culture de la ville d’Alger, il est incontestable que ceux qui se sont donné rendez-vous en contre-bas de l’hôtel Aurassi allaient certainement reparti avec le sentiment d’avoir passé une excellente soirée en ces temps de grande grisaille.

Dans cet immense florilège d’une musique dont ils sont les précurseurs en Algérie, Karim voulut aller au delà de ce qui se fait habituellement lors de pareilles retrouvailles.

De la musique attrayante mêlée à des sonorités sibyllines entre le désir de reconquérir le public des années folles de la musique algérienne et l’espoir de ratisser large avec cette génération qui les découvre pour la première fois. Un audimat hétéroclite et surtout nombreux a tenu à être présent en dépit d’une météo qui a failli tout remettre en question. Par les reprises et les déhanchements insoupçonnés, il était clair que les tubes d’antan dont Lynda -qui a dû être repris plusieurs fois à la demande des noctambules d’un soir- ont dû faire leur effet en leur temps. C’était l’époque des Beatles, Hugues Auffrey, des cheveux longs et de la fleur aux dents. C’était aussi une époque ou l’air était aux mélopées amoureuses et auxconvictions attachantes. L’époque également où l’on ne se permettait pas de faire de la musique un métier alors que le cœur n’y était pas. Point de boite à rythmes pour venir combler les lacunes, encore moins de ces sonorisations à effet d’assaillement, il y avait juste une réponse à des sentiments restés convaincus qu’on était là pour faire de la musique et Karim Abranis armé de sa seule volonté, en a fait son métier. Depuis, bien des évènements ont émaillé le groupe. Le départ de quelques-uns, et leur remplacement par d’autres aussi talentueux a permis au gala-concert de jeudi d’être à la hauteur de l’événement. « Son, verbe et lumière », l’intitulé de cette tournée que le groupe entend faire à travers les wilayas du Centre et dont Alger a eu la primauté, n’a jamais été aussi vérifiable.

Une pensée pour Mohya, Kateb et Matoub…

De plus, les textes puisés dans la philosophie du terroir et accrédités des références en la matière à l’image de l’omniprésent Mohya, de l’inoubliable Kateb Yacine et bien sûr de l’indomptable Lounes Matoub dont l’ombre a plané au dessus de l’esplanade du Théâtre de verdure à la seule évocation de son nom, ont donné du poids au répertoire des chansons dont le nombreux public a été gratifié tout au long de cette belle soirée de jeudi. Vu les espérances de chacun en matière de refus de cautionner l’ordre établi, il est clair que ces hommes n’avaient d’autre choix que de partager, sinon leur existence, du moins leurs espérances. Hormis le matériel haut de gamme mis à contribution pour assurer une meilleure sonorité, technique dite « façade en banane », nouvelle technologie qui renvoie le son à l’avant de la même manière que vers l’arrière de l’esplanade, le créateur du groupe a épaté ses admirateurs en s’éclipsant de la scène pour réapparaître au beau milieu de ses fans qui en ont profité pour l’approcher, le toucher, l’embrasser. Les spectateurs, très nombreux venus d’un peu partout pour voir à l’œuvre celui qui a bercé leur jeunesse, étaient cosmopolites. Des jeunes, avides de voir en live le détonateur du rock version kabyle, des amis artistes venus l’encourager, à l’image de Kamel Hammadi et Ferhat Medrouh et des quinquagénaires que la nostalgie des années fastes a contraint à se déplacer en ces lieux par cette soirée qu’une météo capricieuse a failli incommoder. Enfin, en dehors de l’aspect purement musical et du talent des artistes présents, il est à souligner l’excellente organisation des Eétablissements Arts et Culture qui sont à créditer d’une excellente note pour l’organisation impeccable et leur disponibilité qui ont permis à tous ceux qui ont tenu à être présents de passer un excellent moment. Oui, ce fut vraiment une excellente soirée !

Ferhat Zafane

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