Il y a quelques semaines, les Chinois sont sortis dans la rue pour manifester leur hostilité à un ouvrage scolaire japonais qui, selon eux, falsifiait l’histoire des relations entre les deux pays. Le 23 février dernier, I’Assemblée française a procédé à une falsification du même genre, mais sans provoquer un tel tollé, en faisant voter une loi exprimant « la reconnaissance de la nation (la France) et la contribution nationale en faveur des Français rapatriés ». Autrement dit, il s’agit de rendre hommage à ceux qui ont taillé à la France son empire colonial, qui lui ont conquis de vastes territoires, en lui soumettant des peuples et en exploitant les richesses de ces territoires. Qu’importe que des marécages aient été asséchés, des hôpitaux construits ou des routes tracées dans les forêts ou les montagnes, I’œuvre coloniale a été, avant tout, une œuvre de domination. Une domination politique parce qu’elle a signifié la privation du droit à l’autodétermination de millions d’hommes, domination économique parce qu’elle a été une exploitation des richesses des pays occupés, au profit de la Métropole, domination culturelle, parce qu’elle a bouleversé les structures sociales des peuples, et imposé sa langue et sa civilisation, en place et lieu des langues et des civilisations locales. Faut-il rappeler toutes les violences qui ont accompagné ces dominations ? En Algérie, en Indochine, en Afrique, on a brûlé des villages, enfumé des populations, torturé, pendu ou envoyé à Cayenne ou en Nouvelle-Calédonie des milliers de « rebelles ». Les traumatismes infligés ont laissé des séquelles profondes, marquant des générations entières. Comme en Chine, les anciens colonisés de la France et leurs descendants devraient sortir dans la rue et manifester leur hostilité à une loi qui réhabilite leurs anciens dominateurs !
S. Aït Larba
