Saïd Saït parle de « Aderyis »

L’artiste Saïd Saït vient de produire un album intitulé Aderyis. Nous avons rencontré le chanteur alors qu’il rendait visite au célèbre artiste Belkhir Mohand Akli à Boudjima. Son premier album, il l’enregistre à un âge avancé. Mais Saïd Saït nous avertit : « Je ne chante dans un but commercial, mais par amour pour la culture ». Il est vrai que l’artiste, qui est également un cadre financier à l’entreprise Sonatrach vit à l’abri du besoin, mais en parallèle il affiche une humilité, une sensibilité et un esprit plein de sagesse.

« Je suis venu rendre visite à Belkhir Mohand Akli. Il constitue l’un des piliers de notre culture, mais, de nos jours il se sent esseulé et cela me touche énormément. Nous devons œuvrer tous ensemble pour faire évoluer positivement ». Saïd Saït nous a confié qu’il a embrassé le monde de la chanson dès son jeune âge, soit à l’âge de 8 ans où il a entamé ses premiers pas d’apprenti avec une guitare de fortune.

L’artiste a composé ses premières chansons dans les années 80. Son premier essai de production à la Radio nationale Chaîne II fut en 1984, suivi d’un essai d’enregistrement de quelques chansons dans un studio à Azazga. En 1985, à l’insu du célèbre M’djahed Hamid, le chanteur a été censuré lorsqu’il a voulu présenter la chanson Taouint (La source).

Parallèlement à cela, l’artiste participe à l’animation de fêtes privées et publiques à Draâ El Mizan et Boghni. En 2005, sur insistance de ses collègues de travail et d’autres professionnels du monde de la musique, à l’exemple de Madjid Halit, Saïd Saït a enregistré son premier album dans un studio à Azazga. Cet album, compte des chansons censurées durant les années de plomb, à l’exemple de « Taouint ».

On compte également d’autres titres, à savoir : « Yal Yiwen » (chacun à sa façon), « Ayen t-Zerent Ay-alen » (Ce que j’ai vécu), Tagmat (L’union), « Array-ik » (Ta responsabilité) Asekram (l’égaré) et « Taluft Bw-ul » (le chagrin). En plus de la musique purement kabyle, l’artiste use de textes pleins de sens et une poésie bien cousue et pleine de métaphore. Il est sans concession pour dénoncer avec sagesse certaines réalités en relation avec notre société, la gouvernance, l’identité et la culture. Saïd Saït nous a annoncé également qu’il est en préparation d’un autre album. « Le gros du travail a été réalisé. Je pense que le nouvel album sera prêt sur le marché d’ici quelques mois », nous a déclaré Saïd Saït.

Dans cette nouvelle production, l’artiste a rendu hommage à Mohamed Haroun. Dans une autre chanson, il dénonce sans haine ni mépris la médiocrité de la production artistique, le piratage et la reprise des chansons qui font partie du patrimoine culturel kabyle. L’artiste déplore ce fait d’autant plus que ses reprises ne sont pas des hommages à leurs auteurs mais du vol à des fins purement commerciaux. Mais l’artiste finit par un sentiment d’espoir et d’optimisme : « Je reste convaincu que les choses rentreront dans l’ordre, la chanson retrouvera sa valeur initiale car la même expérience a été vécue par d’autre pays, à l’exemple des USA », conclut-il. Enfin à signaler que l’artiste prépare la réalisation d’un clip qui sera réalisé par l’Agence de communication Mizrana Productions.

M. Hammami