Au cahier culturel – Mohamed Haddadi

Par Abdennour Abdesselam :

Ni sa jeunesse et encore moins son âge avancé ne l’ont distrait et ne l’ont tenu loin de sa principale préoccupation qui a été celle de travailler à la sauvegarde et au développement de la culture berbère de Kabylie. Homme d’éducation, Mohamed Haddadi savait que seule l’instruction pouvait sortir les siens d’un monde fragile, dans lequel ils se mouvaient. Né en 1919 au village Laâzib n Chikh, Mohammed Haddadi a passé une enfance aussi tumultueuse que celle de tous les enfants de son village. C’est justement dans ces tumultes que, celui qui deviendra plus tard un inspecteur d’académie, trouvera toute son énergie et sa persévérance à considérer que seule l’instruction était la porte d’ouverture, ou même d’entrouverture, sur les espaces où se côtoient le savoir, le rationnel et la réussite sociale. Avant de rendre l’âme à l’hôpital de Tizi-Ouzou, me confiera un jour son ami Zourdani, lors d’un hommage organisé par l’Association Tagmats, que nous lui venions de lui rendre en son village natal, Mohamed Haddadi est resté aussi digne que déterminé sur ses idées, mais surtout envers sa liberté de conscience qu’il a admirablement couplé avec le fond fin de sa kabylité. Il la considérait comme sa raison d’avoir vécu et vaincu l’incurie et l’enfermement des esprits sur des dogmes partis au-delà de la vétusté. En 1954, il publiera son premier ouvrage intitulé : Accent Grave. Pour échapper à toute forme de répression coloniale, il le signera sous le nom détourné de Laforge Jim. Dans cet ouvrage, où le sens même jaillit déjà depuis le titre, Dda Mohamed dénonce la gravité des inégalités coloniales toujours accentuées et qui ne trouveront comme échappatoire que le soulèvement. Il publiera en 1961 la Tour de feu, juste après sa libération des geôles coloniales. Mais c’est surtout par son ouvrage intitulé Le Combat des Veuves qu’il sera mieux connu. Avec celui de Tahar Djaout, Les chercheurs d’Os, les deux auteurs semblent poser leurs observations sur les mêmes lendemains qui ont lamentablement déchanté. Un désenchantement imbibé de tromperies et de tartufferies imposé par ceux qui ont mis le pays à genoux jusqu’à ce que les rotules ne fonctionnent plus. De confession chrétienne, Mohamed Haddadi repose seul dans un espace laborieusement obtenu et excentré du cimetière du village. Comme si être chrétien signifie déchéance du droit d’être enterré chez soi près des siens avec lesquels il a partagé un cheminement social. Mais cela est une autre histoire pour demain…

Abdennour Abdesselam (kocilnour@yahoo. fr)