Effectivement, toutes les activités prévues, en commençant par les projections vidéos, les expositions jusqu’aux deux derniers grands rendez-vous, à savoir le gala artistique et la conférence, ont très bien réussi. Les deux derniers jours, le vingt-cinq et le vingt-six juin ont été ainsi deux moments importants de la commémoration.
Pour le gala artistique, une pléiade de chanteurs a répondu à l’appel de l’Association Amgud. Ainsi, dans l’après-midi de mercredi dernier, la salle de cinéma Le Maghreb était pleine à craquer. Dès midi, des cohortes de jeunes prenaient la direction de cette salle qui n’avait jamais mis en place un dispositif d’organisation parfait.
Les chanteurs se sont défilés durant tout ce temps devant le public qui avait besoin de tels galas depuis et surtout entendre les héritiers du Rebelle reprendre les beaux airs de celui qui n’avait jamais abdiqué ni fait de compromissions jusqu’au jour où a coulé son sang à quelques lieues des montagnes de son village auxquelles il avait un grand attachement : « d idudrar i d laâmriw (les montagnes sont ma vie) ».
Ils sont tous venus lui rendre cet hommage : Rabah Ouferhat, Si Lakhal, Lani Rabah, Rabah Mammeri, Karim Terkmani, Hocine Amendas et bien sûr le jeune non-voyant, un chanteur qui promet beaucoup, Malek Kazoui. Au fil du gala, ils ont été rejoints par des jeunes de la région. On citera Nacer Djennadi, Moh Bidouh, Lakhdhari Tayeb… En tout cas, tour à tour, ces artistes ont repris les plus belles chansons de Lounès. En premier lieu, c’est Rabah Ouferhat, un ancien camarade si on peut le dire ainsi, a chanté en chœur avec le public qui a été d’ailleurs adorable, « Houzit à yavahri ». Chaque artiste présent a fait de son mieux pour être à la hauteur de l’homme en essayant de l’imiter tout en ajoutant une touche personnelle. Le jeune Malek, quant à lui, a choisi de chanter l’un des titres de son album qui sortira bientôt, écrit en hommage au Rebelle.
Le public était entré en symbiose avec les chanteurs qui se sont produits sur scène. Au terme du gala, tous ces artistes ont accepté de revenir avec joie à Draâ El Mizan pour animer de tels galas. « Merci à Draâ El Mizan et à l’Association Amgud qui nous ont donné cette occasion afin d’honorer la mémoire de Matoub Lounès, l’Eternel. Tagejidt n’ tmazight, « le pilier de tamazight », ont-ils terminé à l’unisson.
La Fondation Matoub-Lounès apporte son soutien
Le dernier jour de cette commémoration d’une semaine a été un autre moment fort.
Car, en dépit de ses soixante-seize ans, encore pleine d’énergie, la mère de Lounès, Na Aldjia, a tenu à se déplacer jusqu’à Draâ El Mizan pour animer conjointement une conférence avec le secrétaire de la Fondation Matoub-Lounès, M. Mohamed Bastandji. C’est vers onze heures et demie, alors que le cinéma était déjà archicomble que Na Aldjia descendit de la voiture. Une foule nombreuse l’a accueillie avec des ovations : « Assa azzekka, tamazight thala, thala, Lounès Yella Yella ». En tout cas, cet accueil restera inoubliable dans la mémoire des jeunes de Drâa El Mizan.
Comme prévu, avant de commencer la conférence, une minute de silence a été observée par le public à la mémoire de l’auteur d’Aghuru (trahison) dans un silence religieux. Ensuite, le prix contre l’oubli a été remis d’abord à l’auteur de 6e AF, première de la daïra à l’examen de sixième, Lila Amazouz, avec une moyenne de 9,40/10 puis à une autre élève de 5e AP, Lila Mezerkat, avec 9/10. Le plus heureux encore à recevoir le même prix est Lounès Dahmani, né le 25 juin 1998 à seize heures à l’hôpital Krim-Belkacem.
D’emblée, Na Aldjia a commencé par remercier tous ceux qui luttent pour que la vérité éclate, avant de dédier un poème à la mémoire de tous les martyrs du Printemps noir. Na Aldjia a réitéré devant l’assistance son désir d’aller jusqu’au bout pour obtenir de la justice le nom ou les noms de ceux qui ont assassiné celui auquel elle tient comme à la prunelle de ses yeux.
Protéger l’œuvre et la mémoire du chantre
Dans son intervention, M. Bastandji est revenu sur les objectifs de la création de la fondation : « Avant tout, c’est pour pérenniser le combat de Lounès et protéger sa mémoire », a-t-il dit. Et d’ajouter : « Malheureusement, il n’a pas été seulement assassiné, mais on continue à l’assassiner encore dans sa tombe sans lui donner le temps de se reposer ».
Il a évoqué alors les éditeurs et tous les autres pirates qui continuent à changer les photos de Lounès sur les albums. « Ils sont en train de soutirer des sommes extravagantes en inventant, par exemple, le Best of Matoub ou encore l’œuvre de Lounès en MP3. Alors que sa famille n’a rien eu de ce gain sale. Quant à la Fondation Matoub-Lounès, qui active pour sauvegarder sa mémoire, peine sous le poids de la dette. Même Sonelgaz a coupé l’électricité de la Maison Matoub qui abrite la fondation », a souligné encore M. Bastandji, en communiquant un chiffre de plus de quatre milliards de centimes gagné par ces gens sans scrupules. Na Aldjia, de son côté, a retracé la vie de Lounès depuis qu’il était enfant jusqu’au jour où « iaâdawen n’nudart (les ennemis de la vie) ont versé son sang à Thala Bounane. « Lounès était né homme », a-t-elle témoigné. Ce qui taraude encore l’esprit de Na Aldjia est la façon dont est menée l’enquête sur cet assassinat. « On doit tous demander une vraie enquête. Je l’ai dit quelques jours avant, au Procureur général de la République à Tizi Ouzou. Je n’ai pas voulu sortir du tribunal, on nous a donné une date, on verra », a-t-elle terminé avant de chanter un istikhbar qu’aucune femme de cet âge n’aurait réussi de la sorte.
Avant de clôturer en apothéose cette semaine commémorative, un membre d’Amgud a remercié tous ceux qui ont contribué à la réussite de cette date anniversaire, en l’occurrence les artistes, les conférenciers, les associations Amgud et Tameflith n’tmazight ainsi que l’APC de Draâ El Mizan qui a mis tous les moyens dans les mains des organisateurs.
Amar Ouramdane
