De son vrai nom, Kaci Boussad est né le 15 juillet 1951 à Felden dans la région d’Akbou. Il a été le premier enfant de la famille. Il apprendra ses premiers mots et y fera ses premiers pas dans cette bourgade. Son enfance n’a rien de spécial à signaler. Elle fut « normale, comme celle de tous les autres enfants qui sont nés à cette époque là. Je n’ai pas été élevé dans le grand luxe ou dans le coton mais je ne considère pas que j’ai été privé…Enfin, on savait se contenter, on avait cette chaleur familiale qui nous comblait tous les manques ». Kaci parle avec une bonne dose de timidité qui lui enveloppe le visage. C’est sa nature qu’il s’efforce à dominer. Alors il pousse fort pour briser le voile avec un sourire tout aussi …timide, trahi par ses joues qui se mettent à prendre de la couleur. ça lui rayonne la face et lui fait du charme. « Je ne pense pas que j’ai changé. L’âge, je le cumule mais ça ne me fait rien subir ». Enfant il se rappelle qu’il a été à « El madrassa El Khaïrya » du village. Il a été très studieux jusqu’au niveau du certificat d’études. Puis sur concours il accèdera à l’école normale d’El Eulma. Le cursus sera couronné en 1968 par le titre de « Moussaïd Tarbaoui « . Son père ne travaillant pas, Kaci fera vite alors d’entamer la vie active, en tant qu’instituteur à Adékar, pour venir au secours et subvenir aux besoins de la famille. Il y exercera pendant juste une année avant d’être affecté à El K’seur pour y rester jusqu’à…la retraite. Entre-temps, au début des années 1980, Kaci aura subi avec succès un autre concours pour se spécialiser dans l’enseignement de la musique dans le CEM de la région. « Avant, j’avais commencé l’enseignement dans le primaire. J’ai fait quasiment toutes les matières. A ce niveau là, mis à part le professeur de français, le reste était assuré dans le tas…On avait l’arabe, les calculs, El tarbia, le dessin… mais tout était en arabe ». Juste des cousins… très frèresLoualia, lui est né en 1954. « Je suis aussi né à Felden. On a grandi ensemble. On s’est vite liés avec Kaci et on s’est jamais séparés mis à part lors d’une brouille en 1992, la preuve on est là encore même si chacun a sa propre vie de son côté ». Loualia s’est « casé » en 1984. Il a entamé la vie active la même année. Il est aujourd’hui père de deux enfants, un garçon de 13 ans dont il apprendra la naissance sur scène en pleine fête à El K’seur, un certain mois d’août, et une fille de 18 ans. Il a fait aussi dans l’enseignement. Quelques 13 ans dans le moyen avant de tout abandonner. Kaci, lui, ne veut pas trop en dire de sa vie privée. Surtout pas avec les détails. C’est à peine qu’il révèlera qu’il est aussi responsable d’une famille de sept enfants. A deux, le couple Idhourar totalise 17 cassettes. Une performance inattendue car tout au départ rien n’envisageait une telle union sacrée. Chacun s’est initié dans son petit coin. « C’est vrai qu’on avait tous les deux un penchant pour le chant mais chacun chantait pour soi. Il nous est bien sûr souvent arrivé de partager des moments, des soirées, des petites fêtes au village, et même en dehors. Enfin partout d’où on nous faisait appel. Mais chacun faisait son numéro à part. soit il chantait et moi je l’accompagnait soi c’est le contraire. Disons qu’on a tout appris ensemble, on a eu un apprentissage commun mais on n’avait jamais songé à chanter à deux », explique Kaci. Du moins jusqu’à ce fameux rendez-vous en 1970 chez « Ighenayen Ouzekka » lorsque Cherif Khedam leur demandait après les avoir écoutés séparément de reprendre la chanson « A yadhrar » en duo. Chérif Kheddam à l’origine de l’union« Je me souviens comme aujourd’hui : D’abord à l’entrée de la radio, on nous a pas facilement laissé accéder. On allait nous renvoyer malgré qu’on ait rendez-vous. On nous a dit que c’était déjà plein, et que le mieux serait de revenir une autre fois. C’est Taleb Rabah qui a intercédé pour nous. Bon, une fois à l’intérieur, moi j’avais chanté « A yadhrar », et Loualia, « Avrid S’themara ». Cherif Khedam qui était en train de nous suivre de près nous demande alors de reprendre « A Yadhrar » ensemble. Il nous a trouvé bien ensemble alors il nous a conseillé de le rester. Et voilà. Tout est parti de là ». Les propos de l’aîné ont été reçus cinq sur cinq. Et c’est à partir de là, indique Kaci, que le groupe Idhourar verra le jour avec ce premier succès… « A Yadhrar », mis sur bobine durant la même année. Et ça sera le début d’une grande aventure pleine de passion, et d’amour pour la chanson qui les unira comme deux frères. Ils sont depuis inséparables. On les a d’ailleurs souvent comparés à… deux doigts d’une seule main. Mais ils sont plus que ça. Ils se sont liés depuis leur jeune âge par cet amour partagé : Celui de la chanson. Et peut-être ce lien familial a-t-il eu son pesant dans cette complicité entretenue depuis leur jeune âge. Ils sont deux enfants mis au monde par de deux sœurs. « C’est le fils de ma tante, et je le suis aussi pour lui », précise Kaci. Ils ne sont donc pas frères. Pourtant ils sont tout comme. Et même plus. Car mis à part ce sein qui les a séparés, ils ont quasiment tout partagé de leur vie : Le village qui les a vu naître, la famille, l’enfance, le banc d’école, l’adolescence et son lot d’amourettes… et plusieurs œuvres artistiques. Ils en feront six avant ce regrettable « divorce » en 1992. Ils s’éviteront pendant près d’une année avant de consentir à renouer entre eux. En 1992, le clash !Loualia revient sur cette triste séparation. « C’est dommage car tout est parti en fin de compte d’un rien ». On a l’impression qu’il s’efforce à placer les mots car c’est une période de vie sur laquelle il ne veut même pas y penser. Kaci le relaye alors : « C’était en 1992. A l’époque la vie active nous avait déjà éloignés quelque peu. Dans le temps, moi j’ai été à Tikjda, j’avais pris une mise en indisponibilité de l’Education pour ouvrir un commerce là bas. J’ai fait un peu le libraire. Loualia, lui, était toujours à Akbou. Il y’avait donc déjà un petit éloignement dans l’air ». Cette situation a duré presque une année. Mais il y’avait quand même un petit contact qui a été gardé. Et le lien n’a pas été complètement coupé puisque les deux frères ennemis d’alors consentiront tout de même à partager le plateau de deux galas : Le premier à l’occasion du lancement du film « La colline oubliée », et le second en réponse à une invitation des fils de chahid à Kherrata à l’occasion de la célébration des évènements du 8 Mai 1945. « C’est tout ». La grande reprise, elle se fera grâce à des amis communs qui ont intervenu pour les réconcilier. « Il y’a eu Agraw, l’association des fils de chahids de Akbou, et Mohammed Haroun qui nous a réunis plus de deux fois auparavant. C’est lui d’ailleurs qui nous a invités à ce concert de Kherrata. On s’est donc revus, et le lendemain on a déjeuné ensemble à Béjaia, et puis on repris quoi. Ca tenait vraiment à cœur à Haroun qu’on reprenne, et c’est ce qu’on a fini par faire », lâchera Loualia derrière un sourire malicieux qui cachait l’essentiel. Car tout n’a pas été dit de cette épisode qui a une certaine gêne à déterrer. C’est normal, car c’est sans doute la tache qui a, à un moment, affecté cette association modèle que les deux hommes ont toujours voulu entretenir. Haroun, le sage par qui la réconciliation est venueAprès un moment de silence il concède enfin : « En faite, à l’origine, on a eu un petit différend. Kaci voulait qu’on enregistre mais moi je ne me sentais pas encore prêt pour le faire. A cette époque-là, j’avais aussi mon commerce à Ighzer Amokrane. Enfin je l’ai arrêté en 1993. Bon, Je faisais dans l’artisanat et je trouvais que ce n’était pas le moment ». Kaci s’en ira alors en studio en solo cette fois-là. Chose que n’a pas appréciée Loualia… Et c’est le clash, et le « je t’aime, moi non plus ». Le différend était là mais il s’avérera insignifiant pour ébranler sérieusement la complicité des deux hommes qui feront vite de dépasser l’écueil en faisant appel… « A chikhiw Arouah » en 1993. La réconciliation sera alors scellée par ce tube. Le même que Kaci avait enregistré seul une année auparavant. « On a décidé de refaire l’enregistrement ensemble et quelque part de reprendre de là ou on s’est séparés ». Ils le disent en chœur. Depuis, ils n’ont pas cessé d’en produire. Ils sont d’ailleurs en studio à Tizi-Ouzou pour l’enregistrement d’un nouveau produit qui sera sur le marché début juillet prochain. Un beau cocktail de compositions musicales comme ils ont l’habitude d’en faire dans un style propre et raffiné sous un air joyeux. Des souvenirs ? Le groupe en garde de bien beaux. Le meilleur que Loualia a choisi pour narrer concerne Lounis Ait Menguellet : « C’est clair que nous avons eu des penchants pour plus d’un artiste. Les anciens nous ont tous marqués, et c’est sûr que d’une manière ou d’une autre on a appris beaucoup sur eux. Mais on doit sans doute plus à Lounis Ait Menguellet. Il nous a fait confiance alors qu’on débutait à peine. A notre première année, on a fait ensemble près de 16 galas ensemble. On a été jusqu’à Oran avec lui. Il nous avait envoyé D’da M’barek. C’était un grand coup de pouce pour nous. Par la suite on a aussi fait une tournée avec Ferhat ». Izuran nous a volés Récemment, en 2003, ils sont allés se produire à Montréal. C’est le fils de Kaci, un ex-musicien au synthétiseur du groupe établi là bas depuis trois, en collaboration avec une association qui ont été à l’origine. Le fils de Loualia est lui toujours dans le groupe. Il joue de la batterie. Idhourar se sont également produits un peu partout à travers le monde, en France notamment. C’est cela un peu leur côté réjouissant. Ils en parlent avec le sourire mais ils changent instantanément de ton lorsqu’ils devaient évoquer le phénomène des reprises en vogues chez certains « chanteurs » kabyle. « Mais franchement qui ne connaît pas la chanson « Dhareqass » ? C’est notre bien. On l’avait chanté en 1993. Mais il s’en est trouvé un certain Izuran qui se l’est complètement appropriée. Sans scrupule. Il est passé plusieurs fois à la télé, et il a toujours présenté la chanson comme sienne. Mais c’est terrible. Et pourtant lorsqu’on l’a appelé pour s’expliquer, il a tout reconnu. On s’est vu par la suite chez Akbou Musiq, et il avait promis de rectifier le tir. Ce qu’il n’a jamais fait. Et pourtant, depuis, il en a eu d’autres occasions avec la télé. Il est passé même dans Saraha Raha… «
D. C.
