Les hydrocarbures surtout

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De pays à vocation “exclusivement agricole” l’Algérie est devenue un pays industrialisé. Partout dans le pays des usines sont créées. Des complexes industriels poussent comme des champignons. la côte algérienne, 1200 km, est prise d’assaut : c’est le complexe d’engrais-phosphates de Annaba etc. C’est aussi le complexe pétrochimique d’Arzew, celui de Skida. Cependant, si toutes ces années nous ont permis de connaître un développement notable, il nous aura aussi permis d’en connaître les points négatifs. Parcourir aujourd’hui nos côtes, ne revient pas seulement à en apprécier l’indéniable beauté. Le visiteur fera connaissance aussi avec un phénomène jusque-là inconnu pour nous : la pollution. Il y a quelques années de cela le mot était presque absent de notre vocabulaire. Et pour ceux qui en avaient vent, il signifiait toujours environnement empoisonné. Mais “ailleurs” de Arzew à Annaba en passant par le centre notamment, ce mot est entrain de s’introduire doucement mais sûrement dans notre langage, dans nos préoccupations de notre vie… Nous assistons continuellement à l’anéantissement des bancs de poissons entiers. Selon un spécialiste en environnement qui nous fait savoir “la côte de Mostaganem pour ne citer que celle-ci très réputée pour ces poissons faisait la joie des pêcheurs. Aujourd’hui, elle est désertée par la faune marine. Même les plus belles plages d’Algérie sont aujourd’hui déclarées impropres à la baignade donc polluées. Les résidus toxiques rejetés à la mer ont une influence certaine sur la vue et peuvent être à l’origine des chutes de cheveux”.Les médias toutes tendances confondues ont rapporté ces derniers mois que plus de 48% de nos plages sont polluées et interdites à la baignade, à cause des produits qui s’y déversent. Tous les responsables que nous avons contactés ne nous ont pas permis de connaître grand chose des analyses effectuées sur les produits déversés dans la mer. A part peut-être que ces derniers sont effectivement polluants et pas esthétiques le moins du monde. Mais l’on saura en revanche que le nombre de stations d’épuration est estimé à 73, dont 21 sont exploitées et 10 seront réceptionnées à l’horizon 2009. Ces stations ne fonctionnement malheureusement qu’à moitié de leur capacité d’épuration qui est de 160 millions de m3/an (voir la Dépêche de Kabylie du 22/06/2005). C’est déjà ça pour commencer. Il reste à espérer que ce projet ne s’éternise pas. Revenons aux gaz toxiques, lorsqu’on sait que la région d’Arzew est la ville la plus enfumée. Malgré la construction des torches des GNL et 1 et 2 atteignant les 170 m de hauteur, cette région demeure enfumée,; même si cela n’atteint pas les limites de la toxicité. De plus nous avons l’un des gaz les plus propre du monde, nous dit-on. Du reste, la région d’Arzew ne connaît pas que ce phénomène de pollution atmosphérique. Son port industriel connaît aussi une certaine pollution dû aux rejets de produits chimiques et aux déversements des eaux de refroidissement. A la raffinerie par exemple, plus de 7 000 m3 d’eau douce sont utilisés quotidiennement pour le refroidissement des unités et rejetés donc à la mer. Dans cette eau, il y a incontestablement des traces de pollution des hydrocarbures qui sont les plus tenaces. Tout comme Oran, Alger ou Annaba, le port d’Arzew connaît ces innombrables pellicules d’hydrocarbures qui interdissent à la faune et à la flore toute oxygénation.Donc toute vie. En dépit de l’existence de stations de déballastage — vidange des bateaux — à Arzew, les bateaux étrangers, qui pour ne pas payer les frais, déversent leurs ballasts en haute mer, constituent une source certaine de pollution maritime. Nos plages sont du reste envahies par ce goudron qui n’est autre chose que des restes d’hydrocarbures. La lutte contre ce phénomène est relativement facile. Il suffit d’être équipé en conséquences, c’est-à-dire acquérir des barrages flottants et autres récupérateurs. Ce qui ne semble pas être le cas actuellement. Seule la Sonatrach possède deux ou trois jeux qui sont utilisés en toute circonstance et par tous les opérateurs de la lutte contre la pollution.

La Méditerranée menacéeEntre autres, par la Protection civile, la Marine nationale, le service des Gardes-côtes… il est légitime pour un habitant des côtes, ou des environs de se sentir agressé par ce changement rapide de la nature. Cependant, ne manquent-ils pas de remarquer, si on ne peut arrêter le progrès, il est utile qu’avec une telle activité industrielle, une pollution d’ordre physique, chimique, organique et thermique des eaux et de l’air est inévitable. Tout ce que nous saurons à travers cette petite enquête, c’est que la Méditerranée est sérieusement menacée, qu’elle connaît des dégradations de plus en plus importantes et que nous avons une large responsabilité dans les 700 millions de m3 toutes sources confondues de détritus qui sont jetés à la mer. Toutes les actions qui se font en haute mer ou dans nos ports sont dues beaucoup plus à l’engagement personnel qu’à autre chose. “Pour l’instant l’on fait avec ce qu’on peut et ce que l’on a “, nous diront quelques responsables de la Protection civile contactés à Alger. Et ce que l’on a est bien maigre, il faut l’avouer, c’est pourquoi actuellement est entreprise une action de prospection des techniques “réutilisation des eaux usées dans l’agriculture”, méthode adoptée par tous les pays du monde.Notre pays certes, participe actuellement au plan régional de lutte en Méditerranée. Une Méditerranée considérée comme un excellent lieu de transit pour les innombrables bateaux qui vont ou viennent du Golfe avec leur cargaison d’hydrocarbures.A ces multiples formes de pollution s’ajoutent celles qui constituent les déchets déversés dans les oueds qui se jettent à la mer, les eaux usées provenant des centres urbains côtiers. C’est pour cela et sans attendre que nous avons atteint le seuil de pollution des pays “d’en face” qu’il est urgent d’arrêter une politique nationale de protection de l’environnement et d’y mettre les moyens. Si nous ne voulais pas connaître les problèmes que connaît l’écologie des pays industrialisés, il faut dès maintenant ne plus délivrer de permis de construire à ceux qui ne respectent pas les normes de protection de l’environnement de même qu’il faut contrôler tous les rejets en mer créer des stations d’épuration des eaux en quantité suffisante, des stations de déballastage, équiper tous les ports algériens de barrages flottants, de services de récupération des hydrocarbures… IL y va de notre environnement, de notre vie.

S. S. K.

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