La Djemâa, une tradition à revivifier

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Tayeb Remini, le premier responsable du village Tizi Tifra, a une haute opinion sur le rôle et le travail des responsables des djemaâs.

Pour lui, si les villages kabyles aujourd’hui “s’anarchisent” peu à peu, c’est à cause de la passivité des responsables de village ou de l’inexistence totale de comités.

Un constat généralement admis aujourd’hui, la majorité des villages kabyles ont des djemaâs qui fonctionnent de façon erratique, quand elles ne désertent pas totalement le terrain pour laisser l’anarchie s’installer.

Conscient de cette situation, le comité Tizi-Tifra a mis son point d’honneur à assurer un fonctionnement régulier et à servir la population comme il se doit.

Tenue de réunions hebdomadaires, dressement systématique de procès-verbaux de réunion, tenue d’un registre de doléances, répartition de la communauté villageoise en groupes de travail… “Nous fonctionnons de façon régulière et démocratique”, tient à préciser le président du comité.

Les réalisations de ce comité, concrétisés en collaboration avec l’APC et quelques donateurs généreux du village, à l’exemple de MM. Ouali et H. Djilali font aujourd’hui l’admiration et l’orgueil de la population.

Aménagement et décoration de la fontaine publique “Thala Bwedda”, bétonnage des principales ruelles du village, lancement des travaux de construction d’un préau pour le cimetière, ouverture d’une bibliothèque, campagne de reboisement (plantation de 120 plants entre cyprès, sapins et acacias), chaulage des deux fontaines du village, campagne de nettoyage et de désherbage, encouragement de la pratique du sport par la création d’un club sportif géré par des jeunes… les réalisations de ce comité se comptent en dizaines et il peut se targuer aujourd’hui d’être au niveau de la commune de Tifra et même ailleurs, le comité qui joue pleinement son rôle.

En matière de perspectives, il affiche de grandes ambitions.

Il est question notamment de lancer des projets dans le cadre du PPDRI. “Notre commune n’a pratiquement bénéficié de rien dans ce cadre, on doit quand-même profiter de cette manne que l’Etat met à la disposition des régions rurales !”.

Il est ainsi prévu d’inviter le subdivisionnaire agricole pour étudier les éventuels projets à lancer dans le village. La saison estivale qui s’installe ramène avec elle ses sempiternels maux : incendies, pénurie d’eau et surtout évacuation des eaux usées.

Pour réduire ces problèmes, le comité compte ces jours-ci aménager les deux autres fontaines se “trouvant à l’extrémité du village” Akhnaq el aâch et “Aglalaz”. Ces deux fontaines sont actuellement dans un état de délabrement avancé.

“Ce que nous ambitionnons aussi, c’est de mener à terme le programme d’assainissement. Il faut savoir que seulement 30% du village est doté d’un réseau d’assainissement : l’APC actuelle qui s’est montrée compréhensive et disposée à prendre en charge, dans le cadre de ses possibilités, nos doléances, a déjà réalisé la première tranche de ce programme qui a touché le côté ouest du village. Nous espérons voir ce problème résolu dans les prochains mois”.

Pensant pour l’avenir du village et zones rurales en général, le président du comité Tizi-Tifra, dira qu’il est impératif de prendre en charge les principales doléances de la population qui ont pour nom : eau, électricité, assainissement, routes, transport, école… Pour ne pas voir déserter nos villages et assister à un exode massif ou encore élever une génération qui n’aurait d’autre culture que celle de l’émeute et de Harraga.

Pour lui, les comités de village ont un grand rôle à jouer dans le renouveau rural et surtout dans l’entretien de l’espoir d’un lendemain meilleur.

Ce qui est navrant pour les responsables de ce comité, ce sont les maigres subventions qu’accorde l’Etat aux communes rurales.

“Il faudrait revoir la manière de subventionner les zones rurales, car il y va de l’avenir du pays. Mieux vaut prendre les doléances de la population maintenant que de les laisser faire face à des situations ingérables”.

Par ailleurs, il est des problèmes qui paraissent presque insolubles, tels les les décharges sauvages, comme il n’existe pas de plan communal de collecte des ordures ménagères, les déchets s’entassent partout en défigurant l’environnement, mais le comité ne se décourage pas, la question sera examinée avec l’exécutif communal pour voir quelle réponse à donner à cet épineux problème qui préoccupe non seulement le village mais tout le pays. Pour les membres du comité, quels que soient les problèmes qui se posent à la communauté, ils ont des solutions, il suffit de les chercher et de s’y mettre au travail.

Le message que veut délivrer ce comité à travers ses réalisations et son sérieux est : “Pour la réhabilitation de la touiza et vive le travail collectif”.

Boualem B.

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