« Mon livre est un hommage à nos ancêtres dont je ne suis qu’un porte-parole, un intermédiaire. Je l’ai écrit pour laisser quelque chose aux nouvelles générations ». Ces paroles testamentaires sont de Saïd Amzal, auteur de Anecdotes et Sagesses du terroir, qui a animé une conférence-débat, jeudi passé au Théâtre régional de Béjaïa, à l’invitation de la ligue des arts dramatiques. Natif de Béjaïa, ancien normalien, enseignant puis directeur de collèges actuellement en retraite, l’écrivain s’est donné pour mission de « récupérer de l’oubli », dit-il « le patrimoine culturel oral de la Kabylie, source de savoir-faire et de savoir-être ». Son ouvrage ressemble à une série d’apologues qui sont à la fois divertissants et comportant un enseignement à but moral ou philosophique. IL confiera que ces apologues sont tous recueillis de ses aînés. « J’ai mis en forme, dit-il, ce qui était à l’état brut, mais en lui donnant un style littéraire. » Le mobile de l’auteur consiste bien sûr de ressusciter les valeurs morales qui imprègnent notre culture ancestrale. L’avilissement de l’être et la recherche éperdue du profit caractérisant notre société d’aujourd’hui le révolte à plus d’un titre, déclenchant en lui le désir de transmettre aux jeunes générations la quintessence de l’héritage culturel de leurs prédécesseurs. Pour l’auteur cependant, cet appel au retour aux sources n’est au fond qu’une recherche d’un idéalisme moral excluant tout aspect archaïque inhérent à notre culture. Il souscrit volontiers à toute quête du progrès social, du bonheur de l’individu et à l’évolution des mœurs. Par ailleurs, considérant la lecture comme un « acte civilisateur » il appellera de tous ses vœux à la revalorisation du livre comme vecteur irremplaçable du savoir et de l’évolution des esprits. « Nous devons, dit-il, réhabiliter le débat culturel public, car c’est ce qui nous manque le plus. Durant cette conférence-débat, j’ai autant appris de vous que vous de moi », lança-t-il à l’adresse de la salle qui a eu l’insigne mérite d’avoir enrichi le débat à travers des interventions remarquables sur la nécessité d’avoir une maison d’édition digne de ce nom à Béjaïa, d’aider et faire connaître les auteurs de la région. « La Kabylie a un vaste et riche répertoire culturel, mais il reste malheureusement à l’état de l’oralité. Si par bonheur il passe au stade de l’écriture, même en langue française mais tout en gardant ses empreintes kabyles, il produira de très belles œuvres littéraires », a laissé entendre un intervenant. « S’il est utile de faire un travail de sens, le travail de langue ne l’est pas moins cependant. Car, nous devons penser aussi à transmettre le savoir et la science à travers notre langue, le Tamazight », a rétorqué Brahim Tazaghart, auteur en Tamazight.
K. S.
