Extrait de De Pallio (Le Manteau) de Tertullien

n « C’est de tous temps que vous avez été les maîtres de l’Afrique. L’empire que vous y avez tenu, et qui a eu la même étendue que cette vaste et admirable partie de la terre, est de tant de siècles, qu’à peine en sait-on le commencement ! Votre nom et votre puissance sont du même âge ; on n’a pas plutôt connu l’un qu’on a redouté l’autre. Il faut que les autres nations vous cèdent en ce point-là, et que les plus puissantes reconnaissent que si un peuple est illustre à proportion qu’il est ancien, il n’en a point qui le soit plus que les Carthaginois.

Le présent ne contribue pas moins à votre félicité que le passé a contribué à votre noblesse. Il semblait que Carthage, après de si grandes ruines, ne dût être désormais qu’une triste et affreuse solitude ; et néanmoins le vainqueur qui l’avait détruite l’a rebâtie, les Romains qui l’avaient rendue déserte l’ont repeuplée, et ont laissé à Carthage son nom ; ce ne sont pas tant les Carthaginois qui sont devenus Romains, que les Romains qui sont devenus Carthaginois. Je confesse que ces favorables retours à la fortune me touchent beaucoup, autrement je ne serais pas Carthaginois ; mais ce qui excite encore en mon cœur de plus grandes émotions de joie est la prospérité dont vous jouissez aujourd’hui ; elle est si grande que vous n’êtes plus en peine que de chercher des divertissements ».

A. N. M.