Mourad Amroun vient de « sortir » son premier roman intitulé : Larme glacée. Ecrit de façon linéaire, ce livre de 400 pages narre avec force, détails, poussant la description parfois jusqu’à la limite de la décence, l’amour passionné, fou et douloureux à la fois de Madjid et de Dalila à l’époque où ils étaient tous deux étudiants à l’université de Tizi Ouzou. Dès leur première rencontre, c’est le coup de foudre entre eux.
Dalila qui a grandi entre un père alcoolique et une mère soumise découvre alors, pendant que Madjid dépense dans compter pour qu’elle se sente heureuse, le luxe des grands hôtels et les plaisirs charnels d’un amour brûlant. Mais contre toute attente, elle tombe malade. A l’hôpital, son état à peine amélioré, elle oublie Madjid qui se languit d’elle ; elle le trompe avec l’infirmier qui la soigne. Puis telle l’insatiable Mme Bovary de Flaubert, elle trompe encore ce dernier avec un commerçant à Tizi Ouzou. N’écoutant que son cœur, Madjid pardonne tout et se remet à nouveau à fréquenter avec assiduité celle qu’il a toujours aimée. Elle fait la connaissance de Hamida, la mondaine, celle-ci la jette dans les bras d’un célèbre avocat qui fréquente les salons les plus huppés de la ville. Leila, une amie commune à Madjid et à Dalila reproche vivement à cette dernière de s’aventurer ainsi avec le premier venu et de lâcher Madjid qui donnerait son âme pour elle et qui lui a pardonné l’impardonnable. Choquée par le sermon de Leila, Dalila tombe dans le coma. Madjid s’affole à l’idée qu’il risque de la perdre. Quand Leila lui apprend la vérité sur les raison de son hospitalisation, il prend conscience qu’il est en train de la perdre de façon définitive. Mais sa douleur a été si grande que pour en atténuer les effets, il déclare qu’il est prêt à passer l’éponge sur ce qui s’est passé pourvu qu’elle revienne vers lui. Mais terrible est le sort de Madjid.
C’est avec un homme beaucoup plus âgé qu’elle accepte de se fiancer au grand malheur de Madjid. Inconsolable, ce dernier s’est mis alors à fréquenter les bars, allant parfois jusqu’à devenir une véritable loque humaine errant dans les rues de Tizi Ouzou. Au-delà des nombreuses imperfections sur lesquelles il est difficile de faire l’impasse même pour une première mouture, certains lecteurs pourraient faire remarquer à l’auteur l’inconstance dont font quelquefois montre certains de ses personnages qui passent sans raison de la joie la plus expansive à la tristesse la plus profonde donnant ainsi l’impression d’être des pantins mus par une mécanique et non des êtres humains faits de chair et de sang.
La seconde observation pourrait avoir trait au fait que le lecteur a des fois du mal à imaginer comment Dalila, jeune fille ayant grandi dans un village aux traditions bien ancrées puisse un an ou deux ans après son entrée à l’université, évoluer avec aisance dans les grands salons mondains d’une ville comme Tizi Ouzou, à supposer que ces salons où l’on sert le mechoui et le champagne et où l’on danse en couple jusqu’au petit matin soient légion dans cette ville. Ainsi, il n’est pas aisé de concevoir que Madjid, étudiant sans le sou, puisse se prélasser avec sa dulcinée dans de somptueux palaces où l’on pousse la prévenances au point de préparer de majestueux gâteaux d’anniversaire rien que pour créer d’agréables surprises à leurs clients. Mais le génie de Mourad Amroun, auteur qui a toute l’étoffe d’un grand écrivain, semble résider peut-être dans le fait qu’il puisse, avec un talent remarquable, décrire de mille façons différentes la même situation.
B. Mouhoub
