Décidément, la jeunesse algérienne ne cesse d’étonner son monde !!! Menteur celui qui prétend la connaître à fond… injuste celui qui la qualifie de fainéante, frivole, irresponsable, dépourvue de volonté et d’amour envers la patrie… Ils sont venus à Aïn Bessem avec pioche à la main. Rassurez-vous, ils ne sont pas venus de Aïn Defla, de Relizane, de Mostaganem pour obstruer les routes et brûler les pneus… mais ils ont envahi les champs de pommes de terre pour y travailler, pour gagner leur pain… bravant tous les obstacles et travaillant dans des conditions insupportables. Pour en savoir davantage, nous nous sommes rendus sur les lieux vers les coups de 21 heures. Ils étaient un peu partout, n’ayant pour literie que quelques vieilles couvertures, d’autres des cartons et d’autres absolument rien… Interrogé, le jeune Lachmi Ben Boukarita Abdelkader, diplômé en informatique nous dira : « Vous savez, on travaille de 4 h du matin jusqu’à midi ensuite de 16 h à 20 h ou 22 h ».
– Nous sommes payés à la tâche c’est-à-dire au filet ou à la caisse : 50 DA le filet et 35 DA la caisse.
– Combien gagnez-vous par jour ?
– Chacun gagne entre 1 000 et 1 200 DA mais nous nous sommes astreints à ne dépenser que 60 ou 100 DA par jour. Nous sommes obligés d’économiser. Nous avons des familles qui nous attendent…
Mourad, universitaire interviendra : « Je suis venu travailler pour assurer la rentrée universitaire ».
Mohamed Karim à son tour dira : « Je préfère faire 300 km pour travailler et je refuse de mourir en mer, ici je suis chez moi ».
Redouane, quant à lui, nous révèle une autre vérité « vous savez, la dernière fois il a plu et nous étions trempés. Et pourtant à 4 h du matin, nous étions debout pour travailler. Tu n’as pas le droit de tomber malade, sinon tu rentres chez toi… »
Chacun à sa propre histoire. Cette jeunesse, tous niveaux scolaires confondus, (primaire, moyen, secondaire, bacheliers et universitaires) Et toutes situations familiales confondues : célibataires, mariés, orphelins.
Livrés à eux-mêmes, en pleine nature, sans moyens de protection, ni moyens de production de travail humaine…
Cette jeunesse mérite le respect, et une prise en charge sérieuse des autorités…
L’agriculture peut offrir des milliers de postes d’emploi à plein temps, et parfois saisonniers. Avant qu’une main d’œuvre étrangère n’envahisse nos champs de pommes de terre, la jeunesse algérienne et là pour dire « je suis consciente, responsable, je ne suis pas encore tombée dans les… pommes… »
Kamel Ladjal
