Occasion de retrouvailles et de communion

Il a vécu le week-end dernier au rythme d’une cérémonie où se conjuguent traditions ancestrales et religion appelées communément « Assensi » ou « Tsvitha », « Ndjedi Bahloul » ou « Assem ». Cet événement très important pour les villageois, organisé en évidence pour permettre son bon déroulement et être à la hauteur de la réputation et l’image que véhicule le village depuis des lustres, a commencé par l’installation d’un comité d’accueil et d’orientation des visiteurs et hôtes des villages, d’autant plus qu’un monde impressionnant était attendu. Plusieurs offres ont été distribuées et placardées dans de nombreux villages et ville de la région, sans compter les autres invitations destinées au wali de bouira, les élus locaux, le chef de daïra de M’chedallah et bien d’autres. Au moins deux groupes de jeunes ont été chargés de la vigilance, habillés en tee shirt avec un logo du village ; leur mission était de réguler la circulation et surveiller les voitures et bus stationnés au niveau des deux parkings aménagés pour l’occasion, de jour comme de nuit.

Cependant, les portes de la mosquée du village, qui porte d’ailleurs le nom de « Sidi Bahr » ou « Assem » étaient grandes ouvertes. Juste derrière, c’est la grande bâtisse érigée grâce à la contribution des gens (dons et aides), aménagée pour abriter l’événement. A peine mettrez-vous les pieds à l’intérieur que vous êtes emportée par les « chouik », chants religieux répétés par les « Khwan n’tao », une troupe de chants religieux du village, créée en 2000 et dont la mission est de répondre présents à chaque fois que l’on fait appel à eux que ce soit à l’intérieur du village ou ailleurs à l’occasion d’un décès, une fête religieuse, une veillée… Composée de dix éléments, elle s’inspire de la méthode Rahma Diwan Hadj Saïd Ivahriyen… dans un coin de la grande salle bien aérée et espacée et qui vous offre une vue panoramique sur la ville de la Soummam et les monts des Babors. Un agraw, Idaâyen, installé, où se succèdent familles et autres personnes en quête de bénédiction : les mains bien levées, ils implorent Allah d’exaucer le vœu des visiteurs chacun selon ses tourments… Les prières se font avec foi et émotion, au point où certains membres de l’Agraw ont les larmes qui coulent… De l’autre côté, une autre salle réservée aux femmes. Pour la deuxième année de suite, c’est un jeune installé en France, en l’occurrence Boussoura Mohand, qui prend en charge presque la totalité des frais et dépenses pour l’achat de têtes d’ovin et denrées alimentaires, etc…

Les repas couscous, viande et salade variée sont servis à partir de midi, et ce jusqu’à une heure tardive de la nuit par un groupe de jeunes du village, tous diplômés des écoles de tourisme ; trois parmi eux, cuisiniers de formation, ont été chargés de la préparation, sauf le couscous qui a été roulé à la main par des femmes bénévoles. En tenues réglementaires, ces derniers ont réussi en professionnels, leur mission de manière irréprochable. C’était sans nul doute un week-end de fête à Ivehlal où les villageois sont sortis de la routine passante de toute une année ; tout le monde est servi, surtout les nécessiteux et les malades. C’est un moment de retrouvailles et de communion entre les familles. Une occasion de rassembler les enfants de Sidi Bahloul au nombre de sept : chacun est enterré dans une région différente, à commencer par Youcef enterré dans la même région où est enterré son père, près du village Rodha à Ahrif, dont la tombe demeure inconnue. Ali est enterré à Thikuravin Ivehlal. Aïssa en sol tunisien ; d’ailleurs une grande famille originaire d’Ivehlal y vit toujours. Mhamed enterré à Cheurfa, N’bahloul à Azazga (Aârch Ath Ghouri) ; Ahmed à Ivehlal, N’Thmazirt à Larbaâ Nath Irathen Wahmed à Maâtkas, Yahia à Ivehlal, N’Laârache à Feraoun (Béjaïa)… sans ses petits-fils et frères. Pratiquement c’est l’ensemble des villageois habitant ces régions qui se sont rendu à Ivehlal afin de partager cette cérémonie qu’ils souhaitent perpétuer. Les villageois sont sortis de leurs torpeur, notamment après l’arrivée jeudi soir aux environs de 22 h de bus et fourgons transportant des groupes de Lakhouan N’cheuran de Bachloul, Azazga d’Azeffoun, Laârch N’ath Djenad, village Thala Igana et d’Ath Mlikeche. A peine les pieds sur terre qu’ils ont commencé leur chant religieux, appelés Moudoula, à vive voix ; répétés à chaque fois qu’ils se dirigent vers un mausolée (un Mqam)… leurs voix retentissant de manière à vous donner la chair de poule… Après un repos pour la prière d’El Aïcha et le dîner, c’est la reprise avec le Dhor jusqu’au petit matin. De là, les troupes, après l’accomplissement de la prière d’El Fadjr, sont reparties chacune dans sa région d’origine. De nombreux visiteurs passent aussi la nuit au village, parmi eux des habitués, ceux qui disent trouver le salut après que leurs vœux se fussent exaucés. Le miracle seul le bon Dieu le fait ; lui seul exauce toute prière faite avec foi ; d’autres disent trouver le salut et la paix de leurs âmes… L’événement a été bien couvert par les chaînes de télévision BRTV et Beur TV en attendant l’ENTV, sans compter la présence de journalistes de la presse écrite et la Radio. Rendez-vous est donné pour l’année prochaine à la même période.

Rayane B.