L’ennui mordant mais encore plus la chaleur accablante en sont les principales raisons de la situation incommodante dont souffre le citoyen coupable de l’unique tort d’avoir habité une ville ou un village mal gâté par la nature mais beaucoup plus par les hommes chargés d’injecter du tonus et de donner la vie à ces trous perdus de l’Algérie. Cet été, le climat est assez clément contrairement aux années précédentes où l’étouffement est à son comble en cette période précise de l’année. Néanmoins, quand on est loin des espaces distractifs, des plages et l’atmosphère bon enfant qui y règne, il est souvent difficile de tromper l’ennui et d’échapper au néant qui tenaille la cité. Car durant la période estivale, à Bouira la vie semble se défiler au ralenti sans ambiance motivante, sans engouement ni saveur manifestes. La ville baigne pour ainsi dire dans la morosité du jour et la platitude des soirées estivales prévalant comme de coutume du début jusqu’aux derniers quarts d’heure de la saison des vacances. Pour échapper aux prises du marasme ambiant qui pèse lourdement sur la ville et torture ses habitants, chaque soir, bien heureusement pour eux d’ailleurs, les jeunes dans leurs quartiers ou à proximité de la ville s’adonnent à une diversité de jeux et à toutes sortes de sports. En effet, quand une partie de Foot n’est pas au programme pour ébranler tout le quartier, les jeunes d’âges différents préfèrent faire du jogging, loin des tracasseries et le crissement des roues.
A défaut, c’est tout le monde qui s’agglutine autour d’une partie de dominos de plein air en bas de l’immeuble où on habite ou en face sous le mur d’un édifice quelconque, évitant ainsi de s’engouffrer dans un café ou une salle de jeux où l’oxygène se fait rare. Certains parmi ces jeunes et moins jeunes ont d’autres passions qu’ils ne sont pas prêts à troquer contre tout l’or du monde. Tôt le matin ou en début de soirée, munis de leur cannes et filets à pêche ils se dirigent, qui en voitures, qui en motocyclettes vers le barrage Lakhal Situé à quelques encablures de la ville d’Ain-Bessem ou Tilesdit, dans la commune de Bechloul, où la carpe est en continuelle reproduction affirme-t-on. Livrés à leur passion, des dizaines sinon des centaines de pêcheurs passent une grande partie de la journée et une autre de la nuit parfois, dans une ambiance particulièrement gaie et conviviale. Effectivement, c’est de cette manière simple mais combien enviée que les jeunes, tout en usant des moyens de bord se contentent de créer leur propre univers. L’objectif suprême étant le divorce avec le train-train habituel et le néant judicieusement entretenu, semble-t-il, par les autorités qui ont la responsabilité d’égayer la ville et de la rendre plus gracieuse pendant la période des vacances notamment. Car en matière de culture et de spectacles distrayants, il est écœurant de voir la ville du Djurdjura à la même enseigne que les autres localités de la wilaya souffrir d’une disette indescriptible.
Pourtant, comme chacun le sait, la dimension culturelle constitue un paramètre fiable et privilégié sous d’autres cieux en mesure de renseigner à lui seul sur l’état d’activité et de vitalité d’une ville ou d’une région donnée. Ce qui est malheureusement loin d’être le cas chez nous. Néanmoins, si les habitants en quête d’un cadre de vie agréable et plus attrayant essayent de tout faire avec la fougue de donner un plus de vivacité aux soirées nocturnes. De leur côté, les responsables, apparemment en vacances eux, restent insensibles au désir des citoyens qui cherchent uniquement à faire de leur ville, en cette saison estivale un espace vivant et vivable à défaut de se trouver ailleurs.
B. D. B
