La caroube de nos jours a repris sa place d’antan comme l’un des produits du terroir d’une grande valeur que les entreprises industrielles étrangères (notamment européennes du pourtour de la Méditerranée comme le Portugal, l’Espagne ou l’Italie), pour ne citer que ces trois pays avec lesquels nous gardons des liens ancestraux très anciens, liés au commerce, viennent acheter toute la production récoltée. Voilà ce qui fait sa rareté aujourd’hui incitant les jeunes à la cueillir précocement dans sa couleur verte et la vendant au prix de 15 dinars le kg à des points de vente qui pullulent dans la commune de Seddouk, lesquels le revendent à des grossistes qui se chargeront de la revendre à leur tour à des unités de productions locales ou étrangères. Et dire qu’il y a 5 ans de cela, la caroube était un produit insignifiant, abandonné dans les champs auquel personne ne pretait attention. De nos jours, la campagne de la caroube est une aubaine pour tous, aussi bien pour les propriétaires qui y trouvent une ressource supplémentaire née ces dernières années que pour les maraudeurs qui sillonnent les champs pour piller les récoltes. On les rencontre pour cela sur les routes, sac du jute rempli sur les épaules ou une quantité importante chargée sur une brouette prenant la direction des revendeurs. Un agriculteur délesté de sa production, qui ne décolère pas, arrive à la Djemaâ et s’écrit : “C’est du jamais vu cette année, les voleurs m’ont ruiné en cueillant le fruit non encore mûri. Ils ont passé l’arbre au crible fin ne laissant sur place aucune corne de caroube”. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’à travers la réhabilitation d’un produit longtemps ignoré, l’on assiste à un retour aux sources où les populations de la région au temps de jadis ne vivaient que des produits du terroir tels que l’huile d’olive, les figues sèches (thazarth), les figues de Barbarie (akermous), la câpre et la caroube qui viennent de retrouver la place qui leur revient. Alors que dans nos montagnes on ne vivait que des productions agricoles, l’abondance de ces produits labélisés a engendré la création de docks agroalimentaires qui pullulent à Seddouk se chargeant de leur conditionnement et leur exportation vers la métropole. Dans la région de Seddouk appelé communément douar d’Ath Aidel où l’agriculture de montagne prédomine en raison du relief accidenté, les agriculteurs depuis la nuit des temps, ont orienté leur choix sur la culture arboricole. Pour cela, faisant partie de la famille des césalpiniacées, le caroubier qui produit un fruit s’apparentant à une corne, a sa place en étant un arbre fétiche, vénéré par nos aïeux qui l’adulaient comme on adule un sage en raison des vertus réputées de son fruit aux usages multiples. De sa transformation, sont extraites des graines qui sont broyées donnant une matière essentielle pour la fabrication de vernis et de la colle dans l’industrie chimique, des arômes dans les industries alimentaires et de l’amidon dans l’industrie pharmaceutique. Du reste de la caroube est extraite aussi une matière qui après broiement devient une poudre appelée “carovite” laquelle est destinée pour la fabrication des aliments du bétail (ovins et bovins). Dans l’une des pratiques ancestrales qui ne sont plus d’actualité, nos aïeux en vendant une parcelle de terre, si celle-ci porte un caroubier, celui-ci n’est jamais inclus dans la vente. Et aujourd’hui, plusieurs familles se retrouvent propriétaires dans l’indivision et par voie d’héritage de caroubiers se trouvant dans des parcelles appartenant à d’autres propriétaires. Quoiqu’il en soit -certainement la dégradation du pouvoir y est pour quelques chose- les citoyens ayant des portions de terrain fertiles longtemps abandonnées au croisement de la brousse, du maquis et des garrigues, pour une raison ou une autre, ne lésinent plus sur leur volonté de les mettre en valeur par des nettoiements, des greffages notamment d’oléastres pour l’oliveraie, etc. Allons-nous donc dire pour cela que c’est le pays qui se relève doucement mais sûrement en allant vers l’autosuffisance tant recherchée, notamment en fruits et légumes.
L. Beddar
