Les atteintes au milieu fluvial atteignent des niveaux alarmants. Il n’y a qu’à faire un tour, en cette période de vacances vers l’oued Djemaâ pour se rendre compte de l’ampleur des dégâts. Le lit de l’oued est devenue une véritable tranchée, creusée par les pilleurs de sable et de galets. ça et là on trouve des fosses profondes, faites par les machines. Même les galets ont disparu. Le sable de surface étant épuisé, on s’attaque aux couches profondes. Les arbres de la berge, saules, aulnes et peupliers, plusieurs fois centenaires, à l’ombre desquels se reposaient des générations d’aïeuls laborieux, sont attaqués un par un. Leurs racines dénudées, ils tombent comme les dents déchaussées d’un vieillard. Le lit de la rivière prend un aspect quasi désertique. Le milieu ayant perdu sa stabilité, l’érosion s’est accrue, les limons et terres arrachés aux berges dénudées sont transportées par les eaux et vont s’accumuler dans le réceptacle du barrage. La faune aquatique a quasiment disparu, et le spectacle des crabes d’eau douce se reposant sur les rochers fait partie du passé, les anguilles et autres poissons, à cause de la destruction de leur milieu, se sont raréfiés et il faut descendre jusqu’aux abords du barrage pour les retrouver, se réfugiant dans les méandres. Le prélèvement de sable et de galets n’est pas seulement le fait des jeunes sans emploi ou parfois des pères de famille à la recherche légitime d’un revenu pour survivre : des machines sont également à pied d’œuvre, actionnées souvent en sous-traitance par des patrons résidant ailleurs, et ce sont elles qui causent les plus gros dégâts mais aussi, on s’en doute; sont la source des plus gros profits. L’une d’elle ose même creuser non loin des pompages hydrauliques alimentant Larbaâ Nath Irathen !
M. A
