“Tous les plans d’aménagement n’ont jamais été appliqués tels qu’ils ont été conçus”, avoue un responsable de l’administration. “Du plan de Constantine aux différents PDAU (Plan directeur d’aménagement urbain), jamais administrateurs comme administrés n’ont respecté ces outils de réglementation de croissance des villes”, soutient un P/APC de Bgayet.
Akbou, Bgayet, Sidi Aïch, El Kseur, pour ne citer que les plus grandes agglomérations de la wilaya, illustrent on ne peut mieux, cette “rurbanisation” rampante, pour reprendre un vocable cher à Lacheraf. L’importance des flux migratoires vers les villes et une croissance urbaine explosive ont considérablement accru la charge démographique. Presque avec l’énergie du désespoir et pour atténuer l’insoutenable pression qui pèse sur le bâti, les pouvoirs publics ont créé de nouvelles zones urbanisées. En débordant de leur périmètre d’origine, les agglomérations ont pétrifié sous les coulées de béton des terres à vocation agricole. Les collectivités locales gênées qu’elles sont, aux entournures et dépossédées de l’essentiel de leurs prérogatives, n’ont pas, ou si peu de ripostes à opposer à des dysfonctionnements d’une rare ampleur. D’aucunes en viennent à remettre en cause, et l’adéquation et le niveau de pertinence des instruments d’aménagement et d’urbanisme. Lesquels instruments n’ont pourtant que rarement bénéficié d’une application rigoureuse. Par ailleurs, peut-on légitimement aspirer à améliorer le cadre de vie du citadin sans renforcer les liens, très distendus entre les différents acteurs de la ville : rapprocher l’administrateur de l’administré, jeter les passerelles entre opérateurs économiques, experts et universitaires. Est-il concevable d’entreprendre la réhabilitation des centres urbains en tant que creuset d’épanouissement social, de rayonnement culturel et de développement économique sans passer par la maîtrise de la croissance urbaine, la promotion de l’économie urbaine et la participation effective des citoyens dans la gestion de leur ville. Aujourd’hui, il s’agit beaucoup plus pour nos urbanistes de trouver les meilleurs moyens de faire respecter les cahiers des charges par les concepteurs et la réglementation par la population urbaine. Mais encore faut-il définir les contours d’une politique urbaine, son cadre juridique et ses instruments d’aménagement et d’urbanisme à travers la problématique du tissu urbain et du cadre de vie. Il faudra, assurément plus qu’une détermination et une volonté ferme pour venir à bout d’une plaie purulente. Un miracle de la providence ou un décret céleste, tant les habitudes sont bien ancrées.
Nacer Maouche
