Mais le lieu d’élection de la communauté de Haïzer est certainement ce recoin du carrefour de Tikjda, en bordure de la RN 5 et où commence la RN 33 qui relie Bouira à Tizi Ouzou. Là, la station de transport vers les deux localités de Haïzer et Taghzout ne désemplit jamais de jeunes, vieux, femmes et filles s’apprêtant à rejoindre leurs foyers au bout d’une journée passée dans les rues et venelles du chef-lieu de wilaya. Sous ce point de vue, la localité de Haïzer paraît comme une lointaine banlieue de la ville de Bouira. Elle n’en est, en fait, distante que de neuf kilomètres. La RN 33 qui la dessert, et qui continue sur Tikjda, est bien entretenue avec un tapis qui tient bon. En empruntant cette route, l’on a en face de nous la muraille du Djurdjura dans sa portion la plus massive et la plus redressée. Les deux crêtes de Tajgagalt et Adrar n’Haïzer, surplombées par la Dent du Lion (une aiguille de 2 123 mètres d’altitude appelée ici Tamgout n’Haïzer), dominent la plaine de Oued Tessala et les plateaux forestiers de Tikboucht et d’Ighil Medjbeur. La différence d’altitude est énorme ; elle donne le vertige. Le village de Haïzer n’est qu’à 560 mètres, alors que la Dent du Lion, suspendue dans le ciel telle une aurore boréale, est à 2 123 mètres ! C’est l’un des spectacles les plus éblouissants et l’un des panoramas les plus rares. Une telle situation aurait pu faire de ce village une station touristique des plus enviables si un plan de développement touristique y était mis en œuvre. L’idée est d’autant plus sensée que ce lieu est aussi le point de passage vers la mythique station de Tikjda située à quelque quinze kilomètres d’ici. Mais, pour l’instant, il n’en est rien. Haïzer reste cette cité hybride entre l’ancien village kabyle et la nouvelle cité qui n’arrive pas encore à trouver ses marques. Poussières ascendantes en forme de vortex en été, fange épaisse en hiver ; ce sont là les deux caractéristiques de ses venelles et même du ‘’boulevard » central. Le Haut-Haïzer, à l’image de Aïn Alouane était un no man’s land au milieu des années 1990. L’activité terroriste s’étendait jusqu’aux hauteurs de la circonscription de M’chedellah (Tizi n’Kouilal). Aujourd’hui, la vie reprend ses droits et la sécurité est relativement rétablie dans toute la région.
Le rêve d’un village alpin
Les bois et les bosquets sur la route qui mène vers Tikjda reçoivent de nouveau des visiteurs en groupes d’amis ou en familles. Constitué principalement de pinèdes, le couvert végétal se termine au niveau du Parc du Djurdjura (Agouni Soulès et Ifri Aït Ouyahia) par le cèdre de l’Atlas, espèce noble dont certains sujets ont plusieurs siècles d’âge. Malheureusement, les incendies de 1994 ont largement affecté ce patrimoine. Après les quatre dernières années où la pluviométrie a connu un volume fort intéressant (jusqu’à 900 mm par an), la remontée biologique commence faire son travail. Des nappes de plants régénérés de pins d’Alep sont visibles un peu partout. Le secteur resté vierge jusqu’à présent est bien sûr celui du tourisme. L’aménagement d’espaces d’écotourisme dans le Parc national du Djurdjura conférera un autre destin aux agglomérations et hameaux de la daïra de Haïzer : possibilité d’investir dans le commerce, les métiers traditionnels, l’artisanat, l’hôtellerie et les autres services connexes.
Pour peu que les pouvoirs publics tracent une politique claire et rationnelle en la matière et que la société civile et les professionnels du tourisme soient plus entreprenants, les villages de Tessala, Merkala, Izemourène, Tanagout,…etc. pourront devenir des villages alpins où, à l’harmonie et à la beauté de la nature, s’ajouteront de réelles perspectives de travail, d’investissement et de bien-être social. Depuis 2005, une autre opportunité en matière de tourisme est venue égayer le paysage de la région. Il s’agit du barrage hydraulique de Tilesdit, grand ouvrage (167 millions de m3 de capacité de rétention) qui a fait le plein depuis l’hiver dernier. Son plan d’eau est visible depuis les hauteurs de Tikjda offrant une forme longiligne avec des appendices rappelant les membres d’un crocodile. En plein milieu, traîne un îlot dont l’altitude dépasse celle du plan d’eau.
Les eaux diaphanes de Tilesdit
Suite à la visite effectuée en juillet dernier par le président de la République dans la wilaya de Bouira au cours de laquelle il a inauguré plusieurs ouvrages d’utilité publique, dont le barrage de Tilesdit, une esquisse de programme est en train de voir le jour dans les services de la wilaya pour faire de la bande périmétrale du barrage de Tilesdit une zone touristique où des activités de loisir, de détente et de récréation trouveront leur pleine expression. Ainsi, le wali de Bouira a chargé un staff de directeurs d’exécutif d’élaborer les premières propositions dans ce sens susceptibles d’orienter le bureau d’étude qui sera choisi pour la préparation du projet. Ledit projet concernera les trois communes sur lesquelles s’étend le lac de Tilesdit (Haïzer, El Esnam et Bechloul). La commune de Haïzer est ainsi bien servie par les sites naturels qui l’enserrent par le nord et par le sud. Encore, faut-il capitaliser ces lieux et panoramas en vue d’en faire des sources de richesse pour des populations qui ne demandent qu’à vivre décemment sur la terre de leurs ancêtres. Le barrage de Tilesdit, servant de périmètre sud de la commune de Haïzer, est construit sur l’Oued D’Hous (haute Soummam) et il occupe un site féerique au pied du Djurdjura. La faible profondeur de ses eaux est compensée par l’étalement de son plan d’eau dont la distance la plus longue (direction Est-Ouest, de la queue à la digue) est d’environ 17 km. Ainsi, le périmètre susceptible d’être mis en valeur sur le plan touristique n’est pas loin des 30 km. Cette bande, qui doit subir un zonage selon la morphologie et le couvert végétal des lieux, sera sertie d’espaces de détente au profit des populations locales et des touristes qui viendraient des autres régions du pays. De même, l’espace attenant à la station de traitement des eaux, au-delà de la digue, sera, lui aussi, touché par ces aménagements. Déjà, au printemps dernier, la Conservation des forêts de la wilaya a eu à intervenir sur les bandes immédiates de la digue et sur la route qui y mène par des plantations servant aussi bien à fixer les talus qu’à embellir le site.
Amar Naït Messaoud
