Réhabiliter la vocation agricole

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Une allée bordée de platanes géants de plusieurs dizaines de mètres de hauteur, renseigne sur l’âge de cet édifice.Le nombre de platanes de l’allée n’est pas fortuit, il est le synonyme de l’année de la construction de celui-ci. En effet, 30 arbres (15 de chaque côté) rappellent bien 1930, selon un enseignant du centre. Dans la mémoire des personnes âgées, l’évocation du nom de “Vouavane” renvoie à l’âge d’or de ce haut-lieu de l’agriculture, où la fertilité et l’abondance de fruits au temps des colons. Si les colons ne hantent plus les lieux, ce centre de formation agricole par contre, s’impose toujours par sa mémoire, ses terres agricoles et ses infrastructures du début du siècle dernier. Le directeur actuel de cet établissement à vocation agricole, M. Liani, souhaite qu’il retrouvera son lustre d’antan et sera reconnu à sa juste vocation, pourvu que la volonté de la tutelle soit de mise pour mettre les moyens à la hauteur de ses ambitions.En 1930, il était connu sous le nom de Centre d’apprentissage arboricole, et dispensait jusqu’en 1955 une formation théorique et pratique de deux ans, sanctionnée par un certificat d’instruction, équivalent d’un CAP en arboriculture. Cette formation a été suspendue en 1955 à cause de la Guerre de libération, le centre étant transformé en campement militaire.A l’indépendance, il reprend son activité sous la nouvelle dénomination CFPA (Centre de Formation Professionnelle Agricole), annexé à l’ex-ERA de Tizi Ouzou (Ecole Régionale de Tizi Ouzou), durant laquelle ce centre avait pour mission, la formation et le perfectionnement des travailleurs du secteur agricole autogéré, ainsi que les différents agents chargés de la réalisation des programmes de développement, notamment la taille et la confection de cuvettes pour oliviers.Le centre ne connaîtra jamais de répit, puisqu’en 1973 et jusqu’en 1985, il sera rebaptisé CFATA (Centre de formation d’Agents techniques agricoles) et sa mission étant la formation d’agents de la révolution agraire. A partir de 1985, il devient Centre de formation et de vulgarisation agricole (CFVA), régi par le décret n° 85246 du 15-10-1985, qui élargit la mission de l’établissement aux activités de vulgarisation agricole. Et c’est à partir de 2000 qu’il devient CFPA et forme des techniciens, après les adjoints techniques qu’il formait entre 88 et 99. Sur une superficie qui ferait tourner la tête aux envieux, (10 hectares), le centre de Mechtras devrait être une référence, du moins dans la spécialité agricole, vu son parcours alléchant et riche, ainsi que son emplacement et sa superficie. Hormis les spécialités agricoles à savoir l’arboriculture, l’élevage de petits animaux, l’apiculture, santé et production animale et cultures maraîchères, il dispense également des formations en informatique et comptabilité. Ces deux dernières, ajoute M. Liani sont à leur dernière promotion pour que le centre reste dans sa vocation initiale, puisqu’il a tous les atouts nécessaires, si un minimum de moyens, vient s’ajouter à la partie.Mieux, son premier responsable souhaite qu’il soit un centre régional, quand on sait qu’il accueille actuellement des stagiaires des daïras de Maâtkas, Ouadhias, Draâ El Mizan, Beni Yenni et Ouacifs, en plus de la daïra de Boghni. En apiculture par exemple et arboriculture, le centre a déjà formé la huitième section de techniciens. La pratique se fait sur place, taille et greffe d’arbres, mais également avec des sorties sur les champs de particuliers.En horticulture, le centre de Mechtras forme des techniciens, et comme activités, on cite la conservation d’espèces végétales en voie de disparition, le jardinage et mise en place de pelouses, ainsi que l’amélioration des espèces.

PerspectivesLe centre de formation professionnelle de Mechtras a horreur de la routine et compte ouvrir d’autres horizons, pour peu que les moyens suivent. M. Liani souhaite voir son établissement érigé en institut d’agriculture, d’où un nouveau statut et de nouvelle infrastructures et équipements adéquats. A titre d’exemple, en culture maraîchère, on pourra installer des serres et des systèmes “goutte à goutte”. Par ailleurs, le directeur projette l’ouverture de la spécialité de “fabrication des aliments pour animaux”, et attend les candidats intéressés, “et qu’on sillonne la wilaya à la recherche de candidats pour la spécialité”. D’un autre côté, M. Liani, reconnaît que la DFP s’est intéressée un tant soit peu à son établissement cette année, avec l’ouverture d’une nouvelle structure, qui n’a que trop traînée, et qui contient 4 salles de classes, une salle polyvalente, un laboratoire et au premier étage des dortoirs pour garçons dès septembre. Cet internat d’environ 70 lits sera réservé aux élèves habitant loin. Pour rappel, pour l’instant, il n’y a que l’internat filles. Le centre compte à l’heure actuelle 112 stagiaires en résidentiel, dont 66 filles. Il est à noter l’intérêt que porte les filles pour les filières agricoles, contrairement aux années précédentes, où ces spécialités n’étaient que l’apanage des garçons, une preuve que beaucoup de tabous sont en train d’être cassés dans notre société. Cependant, le nombre d’apprentis toutes spécialités confondues est de 330, hormis les spécialités agricoles.Néanmoins le mobilier fait défaut et les responsables du centre souhaitent son équipement dans les délais. Concernant les difficultés de l’établissement, la clôture en dur de toute la superficie. Ce n’est que cette année que la DFP a contribué pour la construction d’un mur de clôture, mais qui reste cependant insuffisant. Le premier responsable de l’établissement tient à remercier sa tutelle (la DFP) pour avoir pris les doléances et les a satisfaites, même si beaucoup reste à faire.

Elevage de lapins : une fierté du centreParmi les spécialités que nous avons visitées, le petit élevage et particulièrement l’élevage de lapins de race, une espèce rare selon M. Louchami, technicien supérieur et enseignant. Son clapier est constitué de 16 cages pour gestation et 32 pour engraissement. Un tableau de suivi individuel et collectif est établi par M. Louchami, où toutes les étapes sont prises en compte : durée de gestation, sevrage, naissances, les numéros des mâles, dont on peut remonter jusqu’à la huitième génération d’ascendants.Les difficultés auxquelles l’élevage est confronté, est selon notre interlocuteur, “la mortalité des lapins, due aux maladies telle la gale, qu’on traite sur place. La mortalité des lapines constitue un frein pour l’élevage, étant donné qu’on doit faire allaiter leurs progénitures chez d’autres lapines, et le problème de l’adaptation à une autre “mère allaitante” n’est pas toujours chose facile”, ajoute M. Louchami. Cependant, cette race de lapin est plus rustique et résistante, par rapport aux autres races exotiques, et son taux de fécondite est de 84%. Quand au taux de réceptivité des femelles, il est de 66%, un taux très important, selon notre interlocuteur qui ajoute que le croisement avec des races étrangères n’est pas à écarter, dans le but de rentabiliser les caractéristiques de ce races.

Aliment pour lapins fait maisonUne étude faite par un enseignant de cette spécialité, en l’occurrence M. Kadi, sur l’aliment des lapins conclut à une découverte purement importante. Il s’agit d’un aliment à base de mais, et de grignons d’olives, riche en cellulose et qui fournit de l’énergie, et apporte à l’animal les besoins vitaux. M. Kadi a déjà publié les resulats de son expérience dans la publication du Congrès mondial de cuniculture et cet aliment est déjà produit au niveau de la wilaya par une jeune fille ayant crée son entreprise dans le cadre de l’ANSEJ. Cette nouvelle méthode permettra à coup sûr, ajoute l’étude citée, de baisser le prix du lapin et concurrencer le poulet.“A cœur vaillant rien n’est impossible”, dit le proverbe, pour illustrer la situation qui tend à améliorer le domaine de l’agriculture en général et l’élevage de petits animaux en particulier. Et tout ce qui sera fait dans le sens d’améliorer la production et baisser les prix d’un quelconque produit, ne sera que le bienvenu.Et pour prouver que le lapin n’est pas marginalisé, plusieurs mémoires de fin d’études ont été consacrés à l’élevage de ce petit mammifère rusé, par des techniciens supérieurs du centre. A titre d’exemple, on citera, “viande de lapin et sa consommation”, “reproduction de lapins” (population locale), et “l’élevage traditionnel du lapin dans le sud de la wilaya de Tizi Ouzou”.Par ailleurs, il est à noter la participation de 3 enseignants du centre à un stage de formation à Marseille, dans le cadre d’un partenariat avec l’hexagone. Espérons que l’avenir de ce centre sera plus radieux.

Salem Amrane

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