Le faux lièvre et l’impossible record

Moussa Touati sait un peu comme tout le monde que la révision de la Constitution, si vraiment la question est tranchée, ne peut se faire que par la voie parlementaire. L’option référendaire étant apparemment définitivement abandonnée, il ne reste que le Parlement pour faire passer ce « lifting » que le président de la République ne peut tout de même pas légiférer sur la question par décret, entre deux sessions. Et c’est précisément parce que le patron du FNA sait que le choix de la consultation populaire n’a aucune chance d’être retenue qu’il en fait sa préférence. Bien entendu, personne ne songera à lui suggérer de pousser sa logique jusqu’au bout en s’opposant à la voie retenue. Mais il sait que le tout est de pure forme, l’essentiel étant d’être d’accord sur l’essentiel, à savoir le changement qui permettrait à Abdelaziz Bouteflika de postuler à un troisième mandat présidentiel si évidemment telle est sa volonté. Le paysage politique algérien a toujours été parasité par des hommes et des partis en mission de soutien, de soutien critique ou d’opposition. Et pour que les exécutants de ces missions aient une chance d’être crédibles, il faut bien qu’ils mettent quelque chose dans la cagnotte. Pour ce faire, ils s’y emploient avec tellement de zèle et de factice enthousiasme qu’ils parviennent à se convaincre eux-mêmes au point de se prendre au sérieux. M. Touati en vient donc à croire sérieusement qu’il est l’un des principaux acteurs politiques du pays, qu’il est à la tête de l’un de ses principaux partis, qu’il est représenté de manière consistante à l’Assemblée nationale et que sa voix peut compter. « Chargo » d’ouvrir le bal des prétendants ou parti de sa propre initiative, il a dit aux journalistes deux choses « essentielles » pour lui. La première est qu’il est contre quelque chose dans une situation où personne ne l’a consulté. Même dans le cas où la question serait soumise à débat, on ne voit pas tellement l’utilité de son « avis » puisqu’il est d’ores et déjà candidat à l’élection présidentielle ! La deuxième est qu’il n’est pas un lièvre. Passons sur la propension récurrente à l’auto-accusation. On ne sait pas si Moussa Touati connaît quelque chose à l’athlétisme, mais apparemment non, à moins qu’il ne fasse l’ignorant, ce qui, la fin justifiant les moyens, n’est pas à exclure. En athlétisme donc, et plus particulièrement dans les courses de demi-fond, un lièvre est d’abord un athlète! N’ayant pas le souffle long qui lui permette d’aller au fond de la course, il utilise ses qualités de vitesse pour donner des chances au favori, de battre des records. Il s’arrête, lui, la mission accomplie au milieu de la course et parfois bien avant. Dans le cas précis, il est difficile d’imaginer que quelqu’un ait pensé au leader du FNA pour ce rôle. D’abord parce qu’il n’en a peut-être pas toutes les qualités, ensuite parce que les records précédents vont le rester vraisemblablement pour l’éternité. Mais ceci n’intéresse pas M. Touati puisqu’encore une fois, dit-il, « c’est l’avenir de l’Algérie qui est en jeu, nous sommes responsables devant le peuple et le FNA n’a jamais fui ses responsabilités.  » C’est vraiment très sérieux.

S. L.

laouarisliman@gmail. com