Le reste, puis l’essentiel

On a donc trouvé la preuve la plus imparable que nos députés ne sont finalement pas si choyés que ça en matière de salaire et d’avantages périphériques. Personne ne sait encore qui a trouvé cette idée géniale, mais on devine ses implications. En comparant les indemnités de ces « élus » à ce que perçoivent les députés des républiques bananières les plus caricaturales, avec, suprême avantage, la fait qu’elles soient à peine égales ou inférieures, la suite n’est pas difficile à imaginer. Celui qui a ainsi soufflé la chose ne croyait pas si bien faire, puisque d’emblée il évacue l’essentiel si tant est que le reste doit être pris comme argent comptant. L’essentiel, donc la nature du pouvoir politique de ces pays et du nôtre -puisque c’est à ce niveau qu’on veut nous situer- la vocation de leur parlement et son mode de fonctionnement et de désignation de ceux qui y siègent ne font plus partie du « débat ». En Algérie, la loi électorale obsolète, le détournement de voix, le clientèlisme et le système des quotas peuvent passer au second plan ou être carrément ignorés devant des augmentations de salaires et la multiplication des privilèges qui ne sont à l’évidence que le prolongement logique d’un système. Mais pourquoi, diable, un député qui a acheté son mandat rubis sur l’ongle aurait-il des scrupules pour se sucrer, et le plus grassement possible ? Il a « payé pour ça », non ? Par quel miracle un parlementaire qui n’a été élu ni pour son aura ni pour son programme s’en inventera une fois parvenu à ses fins ?

A-t-on déjà vu quelqu’un sortir d’un trafic électoral pour aller défendre des convictions, se retourner contre celui qui l’a fait roi et se soucier du quotidien de ceux qui ne l’ont pas élu ? Le reste, on peut toujours parler. En commençant par se demander pourquoi quelqu’un qui a le pouvoir légal de multiplier son salaire s’en priverait, surtout quand la procédure ne dépend d’aucune obligation de résultat, d’aucun impératif de conjoncture. Les « bilans d’activité » sont évalués à l’aune des sessions, du nombre de lois examinées et de missions d’échanges de bons procédés effectuées à l’étranger. Dans la comparaison saugrenue des revenus de nos députés avec leurs pairs étrangers, beaucoup de choses ne sont pas comptabilisées. Un mandat électoral qui ouvre droit à une retraite à vie qui commence parfois à moins de trente ans, il ne doit pas en exister beaucoup de par le monde. Les « interventions » ou promesses d’intervention facturées non plus. Les portes ouvertes au business et aux meilleures écoles pour la progéniture ne choquent plus. Les séjours gratos dans les hôtels publics et les cadeaux intéressés sont pipi de chat. Une fois comptabilisés tous ces petits  » à-côtés », il devient évident que ce n’est plus aux revenus des députés du Maroc, du Congo et du Bénin qu’il faut se comparer, à moins que ce ne soit sur autre chose, c’est-à-dire l’essentiel. Mais comme le facultatif en est une naturelle dérivée, il faudra recentrer le débat. On n’en est à l’évidence pas encore là.

S. L.

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