Les observateurs se rendent compte que le phénomène du chômage est en progression constante à Larbaâ N’Ath Irathen. Il n’y a qu’à se promener en ville ou dans les agglomérations rurales pendant les horaires de travail pour se rendre compte combien est importante la proportion non-employée de la société. La frange juvénile est particulièrement touchée. Nombre de jeunes s’agglutinent sur les barreaux ou traînent dans les rues et ruelles. Ils sont là toute l’année et vivent d’expédients ou aux crochets de leurs parents. Certains essayent de se stabiliser dans les chantiers mais ils déchantent vite face à la dureté du travail, les retards chroniques dans le versement des salaires, les non-déclarations aux assurances. Ils se rendent compte qu’ils ne son pas en train de construire leur avenir. Les formules d’insertion telles que le pré-emploi, les contrats saig, Esil ne sont que des palliatifs et payés chichement. Et ces derniers sont boudés, du moins par les garçons. Certains se rabattent sur des occupations occasionnelles, en « borderline » de la légalité, telles que les prélèvement de sable de rivière, le commerce informel, ou la collecte des déchets ferreux pour le recyclage, lequel a pris des allures de rapine ; même les tôles recouvrant les tombes n’ont pas été épargnées pour être revendues à des collecteurs. Un vieillard a eu cette réflexion fort à propos : « Heureusement que les os ne sont pas encore commercialisés, sinon les morts en verront de toutes les couleurs ! »
La débrouille fonctionne plutôt bien que mal. On achète et l’on rêvend n’importe quoi depuis une pièce d’automobile ou un vieux compteur électrique (!) aux livres scolaires ayant déjà servi. Cependant, la majorité de ceux qui sont éjectés du système scolaire mais aussi ceux qui ont terminé avec succès de longues et éprouvantes études universitaires sont en position d’attente parfois désespérée. L’agriculture est ici handicapée par le relief et la maigre couche arable qui s’amenuise de génération en génération. Le morcellement constant des parcelles par les vertus de l’héritage, érigée en dogme intangible, annule tout espoir de rentabilité. Si l’aïeul pouvait à l’époque subvenir aux besoins de sa famille avec cinq cent oliviers bien entretenus, il n’est plus de même pour l’arrière-petit-enfant qui se voit attribuer une vingtaine en état de vieillissement avancé. Le tissu industriel est absent. L’espoir de la zone d’Aboudid, présentée à sa création comme un futur pôle d’absorption de main-d’œuvre et un défi pionnier de production industrielle en montagne, s’est envolé. Elle est à l’état d’abandon et prend des allures de zone résidentielle évitée curieusement dans l’itinéraire des visites officielles. Le commerce vit un malaise du fait même de la faiblesse du pouvoir d’achat ; il n’y a qu’à voir le nombre de boutiques qui ferment ou changent de manière cyclique de créneaux avant de déchanter.
Les conditions sont donc réunies pour un accroissement du chômage. De plus en plus de jeunes, hommes ou femmes, faisant potentiellement partie de la population active, voient s’éloigner avec l’âge l’espoir d’être un jour employé. L’absence d’occupation et de revenus, en plus d’un préjudice psychologique indéniable en ce qu’il implique de dévalorisation personnelle, et le limon fertile des fléaux sociaux, vols, trafics en tous genres, activités répréhensibles, extrémisme dévotionnel transfigurent les positions sociales de refus. Mr Dial, de l’Association de lutte contre les fléaux sociaux affirme : « Nous avons constaté que les jeunes sans emploi sont beaucoup plus susceptibles de délits ».
Les réponses répressives, tant qu’elles ne s’attaquent qu’aux symptômes apparents, ne peuvent avoir d’effets, provisoires du reste, que sur le court terme, sans influer sur les tendances lourdes. La jeunesse ici est décidément coincée dans un désert culturel, entre les sirènes moyenâgeuses qui recommandent un ascétisme désuet, la décadence des paradis artificiels et les rêves fleuris d’un ailleurs inaccessible.
M. Amarouche
