Demain la fête chez les Chtis

Comme si les habitants de Béjaïa et ceux de Tizi-Ouzou étaient en guerre, les dirigeants de la JSK et de la JSMB nous ont annoncés depuis quelques semaines leur « réconcilliation, » avant de nous promettre la « fête de la Kabylie » pour demain à l’occasion du match qui opposera les deux clubs. La presse sportive qui fait ses choux et son beurre avec les lecteurs de Kabylie est toujours prompte à relayer ce genre d’inepties quand elle ne les provoque pas. C’est qu’il y a toujours quelque chose à tirer d’une guerre. Réelle ou fictive elle grossit des fortunes, booste l’audimat et fait flamber la demande. La réconciliation, elle, sert à moraliser une activité qui manque souvent de netteté et ce qui ne gâte rien à rester dans l’air du temps. On pensait qu’un match de football se joue toujours entre deux adversaires qui se respectent, on découvre qu’elle peut réunir deux « frères ennemis » à sommer d’enterrer la hache de guerre et substituer l’œillet au glaive. Le comble est que la rivalité sportive, sommes toute compréhensible entre deux équipes d’une même région, n’existe même pas. Avec des parcours historique et sportif différents, les deux clubs n’ont jamais eu à se disputer le moindre titre ou tout au moins se retrouver en situation de concurrence. C’est donc à une rivalité artificielle, de « création recente » qu’une certaine opinion invite les Kabyles qui jusque-là ne s’y sont pas fait prendre, heureusement. On a vu les supporters de la JSMB vibrer pour la JSK et vice-versa, ce qui n’a jamais été le cas entre deux clubs rivaux. Tout le monde se rappelle des fans du Widad de Casablanca encourageant la JSK contre le Raja et ceux du Mouloudia contre l’USMA. C’est donc plus grave que ça, puisque l’argument sportif évacué, il faut aller chercher ailleurs les motivations de ce bouillonnement. Parce qu’on n’est ni à la premiere guerre susurée ni à la derniere réconciliation proclamée, il n’y a aucune raison pour que la énième fête promise ne ressemble pas aux précédentes. C’est à dire un match disputé, quelques débordements sans gravité et des déclarations dans la pure tradition. Un match de foot, quoi. On voit très mal en effet les suporters de la JSMB jubiler et se déhancher dans les rues de Tizi après une défaite au moment où leur club est aux premieres loges et commence à caresser le rêve d’un premier titre de champion. Il est tout aussi utopique que ceux de la JSK aient le cœur à la fête si leurs favoris concédent un autre faux pas après un début de saison déjà assez laborieux. Béjaouis et Tizi-Ouzéens n’ont même pas de quoi être en liesse après la victoire de l’une ou de l’autre. Aucun résultat ne pouvant surprendre dans cette rencontre et la rivalité n’étant point du niveau qu’on veut bien nous « vendre », les Kabyles auront droit à quatre-vingt-treize minutes de foot et quitteront les gradins ou se saisiront de la zapette pour passer à’autre chose.

La réconciliation est l’affaire- c’est vraiment le cas de le dire- de ceux qui ont suggéré qu’il y avait la guerre et la fête, ils n’y penseront pas, simplement parce qu’il n’y a pas de quoi s’enflammer. Au fait y aura-t-il une supercoupe cette année entre le champion en titre (la JSK) et la… JSMB détentrice de la Coupe d’Algérie ? S’il vous plait ne nous promettez pas encore la fête.

S. L.

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