Tizi-Ouzou…à Bachdjarah

« Forsane El Qor an « , la Star Ac des récitants du Coran, a finalement tenu toutes ses promesses. Suspense, émotion, fans et family club, jury international, experts, toute la panoplie du reality show fabricant de stars a été mobilisée pour que la qualité de production soit à la hauteur de l’importance et de la noblesse de l’événement télé. L’émission a squatté les trois  » chaînes  » nationales dans leurs meilleures tranches horaires, les bandes-annonces n’en finissaient pas et les  » redifs  » nous surprenaient à des moments impossibles. Mais le meilleur a été laissé pour la fin. Instant solennel et grave, la clôture de l’émission devait être, comme il fallait s’y attendre, grandiose. D’abord par sa longueur. Plus de quatre heures non-stop. Y étaient sacrifiés le journal principal, moment télé par excellence, publicité censée faire bouillir la marmite de l’entreprise et deux matches de foot attendus par des millions d’Algériens. Par les moyens déployés ensuite. Deux plateaux avec des centaines d’invités locaux et étrangers, une équipe de direct à partir du domicile de l’heureux gagnant, les flonflons et tout et tout. Enfin, la surprise du chef. L’heureux gagnant donc. Représentant de la wilaya de Tizi Ouzou, le jeune Iamrane- c’est son nom- nous vient de… Bachdjarah. En allant chercher le candidat- et sûrement le lauréat en même temps- de la wilaya de Tizi ouzou dans la banlieue populaire d’Alger, on ne sait pas exactement ce que les organisateurs de ce concours un peu spécial veulent nous suggérer. Ou cette Tizi Ouzou, pour des raisons faciles à deviner, est incapable de présenter un prétendant digne d’être fait chevalier du Livre, ce qui confirme les soupçons qui ont toujours pesé sur la région, ce qui a contraint les organisateurs à lui sauver la face. Ou alors les initiateurs de ce programme veulent encore nous convaincre que sorti de son élément et mêlé au reste de ses compatriotes, le jeune Kabyle se  » normalise  » et accède ainsi aux valeurs sacrées du peuple, bien évidemment absentes de son terroir. A moins qu’on ne veuille simplement nous expliquer- encore et toujours- qu’on  » peut être Kabyle  » et se passionner pour sa religion. Mieux, participer à un concours en la matière et le gagner haut la main, ce qui a obligé les organisateurs à dénicher  » l’oiseau rare « , quitte à aller le trouver à Bachdjarah. C’est tout proche de Tizi, mais le jeu valant la chandelle, on aurait pu aller le chercher plus loin. Le reste peut passer comme une lettre à la poste. La feinte émotion de la sœur, le faux accent kabyle du père et la gêne du présentateur qui s’est cru obligé de préciser que l’honorable famille s’est installée récemment dans la capitale.

S. L.

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