Le scénario a été affirmé il y a de cela plus de six mois. Entre-temps, travailleurs, syndicat et une partie de la classe politique font le pied de grue dans l’attente d’une mesure salvatrice. Alors que le doute s’installe au fil des jours, laissant le moral des travailleurs de l’unité grues de Béjaïa en berne les autorités en charge du dossier des privatisations tous azimuts des entreprises publiques, se gardent de faire le moindre commentaire quant au sort réservé à l’une des unités de production les plus performantes sur le territoire national.
Depuis 1973, date de sa mise en service, l’Unité grues de Béjaïa a subi des redressements internes, elle est complètement assainie financièrement et, aujourd’hui elle couvre d’un portefeuille de commandes très important dans le domaine de la vente de grues bâtiment.
Au propre comme au figuré, elle est un fleuron de l’industrie mécanique. Elle capitalise un savoir-faire de 32 ans dans la manutention et le levage. Elle est dotée aussi un transfert technologique récent et affiche des bilans positifs.
Cette unité est aussi le gagne-pain de plus de 100 travailleurs. Pourquoi veut-on alors la vendre ? Et pour qui ? A une SARL insolvable ? Comprenne qui pourra ! Et pourtant, l’Etat a reconnu en date du 27 juillet dernier, par la voix du président de la République, qu’il a fait : « Fausse route » dans sa politique de privatisation des entreprises publiques.
Dernièrement, soit jeudi dernier, Hamid Temmar, a déclaré devant les membres du Conseil de la nation qu’il n’est pas exclu, dans le cadre de la nouvelle stratégie industrielle, « de créer de grandes sociétés publiques dans l’industrie » comme l’industrie mécanique. Des nouvelles orientations qui, semble-t-il, ne concernent pas l’Unité grues de Béjaïa du fait que le CPE persiste et maintien sa résolution n°05/87/04/05/2008. Pour les travailleurs et le syndicat de ladite unité, la résolution portant cession de leur unité au profit de la Sarl AGCM, n’est, en fin de compte qu’un bradage qui ne serait profitable qu’a la maffia du foncier. A ce propos, force est de constater que le prix de cession est dérisoire. 17 000 DA le mètre carré, y compris bâtiments et machines !
Le syndicat d’entreprise n’est pas dupe quand il déclare que « derrière les rideaux il y a ceux qui tirent les ficelles. » En décodé, dans cet endroit-là, le mètre carré s’élèverait à plus de 40 000 DA.
Aujourd’hui, la date fixée au repreneur est arrivée à échéance. Paradoxalement, la résolution du CPE est toujours d’actualité.
En ces termes « monsieur privatisation » clos le débat : « Il autorise la cession totale de l’Unité grues de Béjaïa de l’EPE ENMTP relevant de la SGP Equipag au profit de la société mixte de construction modulaire (Sarl AGCM) pour un montant de 1 725 000 000 00 DA. »
Le P/APW s’oppose
De part et d’autre, la privatisation de l’Unité grues de Béjaïa (UGB) est sujette à contestation, et ce depuis l’annonce dudit processus, il y a de cela plus de six mois. Au regard de l’opacité qui entoure le processus de privatisation et la qualité du repreneur, le P/APW de Béjaïa a adressé une lettre au Chef du gouvernement l’invitant à intervenir afin, insiste-t-il, d’ »arrêter le processus de privatisation engagé à l’encontre de l’unité. » Pour étayer son argumentaire, Hamid Ferhat évoque dans sa missive l’état douteux et la situation contentieuse du repreneur et la manière occulte qui entoure, de bout en bout, le processus de cession de l’entreprise. « Ce repreneur, au lieu qu’il soit poursuivi pour le recouvrement des créances de l’entreprise qui s’élèveraient à plus de deux milliards de centimes, à la surprise générale, se retrouve gratifié par toute une entreprise au mépris même des règlements en vigueur régissant les SGP et celui des travailleurs » écrit le P/APW, en s’interrogeant sur les véritables visées de l’opération de cession.
Pour lui, « il y a une volonté délibérée de brader ce fleuron industriel de la wilaya de Béjaïa au profit de AGCM » en dépit, soutient-il, du doute quant à « l’incapacité » du repreneur à honorer ses engagements. En d’autres termes de s’acquitter de l’intégralité du prix de cession, dont le délai, relève-t-il, est arrivé à échéance le 30 septembre dernier. Même la caution de garantie, divulgue-t-il, n’a pas été honorée malgré les deux rappels à l’ordre adressés par la SGP Equipag, les 1 et 17 septembre dernier. Celle-ci, s’élève à 138 millions, selon le P/APW. Cela, souligne-t-il, confirme « la non transparence de capacités financières réelles ou supposées du repreneur. » Un bradage et un ‘‘sacrifice » d’une unité qui emploie plus de 100 travailleurs, dont le seul l’objectif recherché, précise-t-il, serait l’accaparement de l’assiette foncière qui est à ses yeux l’enjeu stratégique. A noter à ce propos que l’unité en question s’étale sur une superficie de 78 611 m2, dont le mètre carré a été arrêté et cédé à 17 000 DA. Or, la réalité est tout autre, le mètre carré dans ce même endroit s’élèverait à plus de 40 000 DA, selon un agent immobilier. Cela met en lumière, si tant est qu’il le faut, les desseins larvés d’une telle transaction qualifiée, du reste, par le syndicat d’entreprise et les travailleurs de déguisée.
Tout compte fait, le premier responsable de l’Assemblée populaire de la wilaya de Béjaïa demande au chef du gouvernement l’annulation définitive de cette honteuse opération. La saisine sans délai des juridictions compétentes aux fins de situer les responsabilités et de punir sévèrement les auteurs de cette haute trahison.
Dalil Saïche
