L’exode rural vide les villages

En effet, Kendira semble se tranformer en commune fantôme, vu le nombre de ses habitants en baisse d’une année à l’autre et le départ vers d’autres cieux, généralement les zones urbaines, devenu le seul souci du commun de ces montagnards qui fuient à tout prix leurs villages abandonnant maisons et terrains agricoles.

Le dernier recensement national fait état de 5 500 habitants dans cette commune, alors qu’il était selon le P/APC, de quelque 9 000 en 2001, un signe fort d’une hémorragie démographique qui laisser croire pour l’avenir que cette municipalité ne gérera que les archives de ses propres enfants exilés.

Presque la moitié de la population a déserté cette région en l’espace de 7 ans pour expliquer, on ne peut plus clair l’expansion de ce phénomène à des localités jadis très peuplées et animées. La partie nord de la commune la plus isolée et quasiment vide en population commence à contaminer le versant sud de la commune, notamment les villages El Merdj, Kembita, Taourirt et El Bir dont on constate le départ presque quotidien de familles entières.

On nous a dit aussi que la migration vers les villes n’est pas signe de richesse, puisque des familles à faible revenu font partie du lot de ces « exilés ». Une sorte de sauve-qui-peut s’est emparé de ces habitants dont certains ont préféré louer des maisons dans les banlieues de la ville que de rester dans ces villages qui n’offrent presque rien surtout aux enfants.

Achour qui travaillé dans la ville de Bgayet et dont les trois enfants sont étudiants dans la même ville explique son départ par un simple raisonnement arithmétique. « Ce que je donne en guise de frais de transport quotidien pour mes enfants et moi revient plus cher à la location en ville, et cela sans compter la galère de la navette et les autres avantages que renferme la ville.  » Une justification qui revient tel un leitmotiv à chaque fois qu’on interroge ces nouveaux citadins venus des zones rurales.

Cela dit, la politique d’implanter dans les villages des écoles primaires et des salles de soins pour éviter ces départs massifs des populations a montré ses limites avec le temps sinon d’autres mesures de développement rural font défaut dans ces contrés de misère et d’isolement. L’exemple de l’école primaire de Tala n’Zeka qui regroupait 300 élèves en 81 n’est aujourd’hui qu’une bâtisse abandonnée illustre tant bien que mal la nécessité de s’enquérir des préoccupations de ces villageois qui ne rêvent que de s’établir ailleurs. Avec l’évolution universelle du mode de vie, l’on exige actuellement des moyens plus appropriés dans les montagnes qui souffrent du manque de véritables couvertures médicales et de zones d’activités pour assurer aux jeunes diplômés d’éventuels postes de travail et consommer ainsi le chômage galopant.

Outre l’absence d’activité, l’état des routes ayant exacerbé l’enclavement a encouragé aussi le départ aux villes et la commune de Kendira en a payé la facture.

Un autre facteur favorisant l’exode de ces régions rurales vers les zones urbaines est selon le P/APC de Kendira le mode LCP qui facilite l’acquisition des logements en ville, et pour y remédier il préconise l’encouragement du logement rural.

Le commerce n’est plus florissant et l’oisiveté et l’errance sont la seule alternative réservées à une jeunesse désœuvrée. Dans cette région à haute altitude, le froid hivernal reste l’autre préoccupation des villageois qui souffrent le martyre de s’octroyer les moyens de chauffage, car ici le gaz de ville restera un rêve à réaliser.

Ainsi, couvrir les frais du chauffage revient cher aux petites bourses déjà laminées par une vie infernale trop chère dans ces contrées sans pour autant arriver à améliorer le cadre de vie. Revoir à zéro le développement des montagnes est plus que nécessaire avant que tous les villages ne soient vidés et engorgées par delà les villes déjà en asphyxie de béton et d’habitants. Kendira n’est qu’un exemple de ces régions montagneuses en voie de disparition, naguère lieu de repos et de gaité.

Nadir Touati