Mohamed Chafaâ, artiste peintre

Partager

Mohammed Chafaâ, profession émigré artiste peintre. Le prénom se prête si bien au cliché, par contre le personnage c’est bien autre chose. A le croiser dans la rue, il est tellement banal avec cet air nonchalant et ce regard planté dans ses rêves. Néanmoins, malgré que certains détails tuent encore, ceux de Moh font vivre des œuvres, accouchées dans la douleur de l’absolu créatif. Tout simplement artiste peintre, sans cette étiquette d’ombrageux, d’incompris ou d’insatisfait chronique. Tout simplement il étale des couleurs sur des toiles. Il partitionne des nuances pour composer des mélodies hautes en couleurs. D’un simple contour noir il dessine des formes, il accapare des espaces qu’il offre si gracieusement à la beauté et au regard de ceux qui veulent bien se laisser séduire. Si l’œuvre est un peu un tout, c’est par le détail que Moh insuffle la vie dans ses œuvres. Comme pour cette série de figures aux multiples impressions du visage. Des figures qui par les yeux donnent l’impression d’exister, de vivre. Surtout à ne pas fixer du regard, car si Pinocchio est un bout de vie dans un bout de bois, les yeux des femmes sont un gouffre par lequel tout peut arriver, même le meilleur. Les yeux des femmes, une nouvelle thématique qui ne se veut ni un hommage, ni une vénération béate mais juste un regard un peu prés lucide de la beauté des femmes, la première des beautés.

Dans son atelier au cœur de Montreuil, ville cosmopolite, qu’il partage avec un autre artiste. Nous y reviendrons, car des choses restent à rapporter. Sa quête constante demeure la lumière du jour. Depuis qu’il avait quitté cette terre baignée par ce soleil insolent, Ath Zmenzer, les saveurs n’ont pas tout a fait les mêmes goûts. L’évidence d’autrefois aussi simple que le jour lumineux après la nuit, s’embrunissent sous ce ciel brumeux de Paris. Aux années d’exil, se rajoutent celles de la galère. Des années à vivre sans papiers que l’artiste résume par une multitude de tableau intitulés «les sans visages». Une exagération du trait, puisque vous nous refuser cette identité, nous vous interdisons nos visages et ceux de nos créations. Toutefois entre un squat et un autre subsiste l’espoir des jours meilleurs. L’espoir de revenir sur ces pas et retrouver cette lumière jaillissante de cette terre ancestrale abreuvant de sa générosité cette sensible âme d’artiste.

Puisque malgré l’errance, il faut continuer à ramener une enveloppe à la maison. C’est ainsi, la réalité révèle l’art dans la cruauté de la vanité. Créer pour qui et pourquoi? quand les lendemains sont de plus en plus difficiles et surtout incertains.

Aujourd’hui les conditions ont changé. Des années de galère il ne reste chez Moh l’artiste que l’expérience qui grandit son bonhomme. Et surtout assez de recul avec les événements pour rester zen avec son art.

Un peu de lumière qui s’engouffre par la baie vitrée, des pinceaux, un bouquet de couleurs, des rêves plein la tête et tellement d’amour… le tout arrosé de beaucoup d’eau fraîche…il ne faut pas beaucoup pour se laisser vivre. Merci Moh, merci l’artiste.

Moukhelifa Pahir

Partager