C’est avec une profonde tristesse que j’ai appris le décès de Miriam Makeba, notre Mama Africa. Qui ne se souviendra de cette voix chaude, pleine sereine exprimant tout à la fois l’insoumission et la rage de s’en sortir ? Née tout près de Préthoria, la jeune Uzenzile (Zenzi) connaîtra très tôt les affres de l’apartheid qu’elle a passé sa vie à dénoncer jusqu’à la chute du système ségrégationniste et la libération de Nelson Mandela.
Le nom de Miriam Makeba restera pour l’éternité étroitement lié aux luttes de libération du continent africain ; on la retrouvera partout où le continent réclame son lot de dignité et de liberté, jusque devant l’ONU, dans toutes les réunions exprimant le désir de l’Afrique de s’affranchir du joug colonial et dans tous les concerts où se chantent et se disent les volontés inébranlables des peuples à disposer d’eux-mêmes. Les années 60, resteront à jamais les années où Miriam Makeba symbolisait la marche en avant de l’Afrique annonçant la venue d’un monde nouveau débarrassé du colonialisme et dont la forme la plus abjecte, l’Apartheid, ne disparaîtra qu’à la fin des années 80.
Cet engagement permanent et sans faille lui vaudra plus de 30 ans d’exil ; de fait, elle ne foulera la terre natale qu’à la libération de Nelson Mandela, en 1990.
Elle mènera son combat pour la dignité humaine jusqu’au bout puisque c’est sur la scène, à l’occasion d’un concert organisé en soutien à l’écrivain italien Roberto Saviano menacé de mort par la mafia, qu’elle rendra son dernier souffle, comme l’ultime hommage de l’Afrique aux Hommes debout.
Miriam Makeba a très souvent été l’hôte de l’Algérie dont elle avait soutenu la lutte de libération. Elle avait participé activement au premier Festival panafricain organisé à Alger en 1969 ; les rues de notre capitale résonnent encore de Pata pata planétaire, mais aussi et surtout de son « Africa » entonné de cette voix libre, chaude, suave et enthousiasmante dans lequel elle criait à la face de l’apartheid « je suis libre… en Algérie ». L’Algérie, son deuxième pays, gardera de Miriam Makeba le souvenir ineffable de la femme africaine combattante, généreuse et aimante. C’est avec émotion, respect, reconnaissance et déférence que je m’incline devant la mémoire de cette femme symbole de l’Afrique en lutte et de l’engagement pour la dignité humaine.
