« Il faut travailler dans la continuité »

La Dépêche de Kabylie : Le festival de la chanson kabyle, organisé du 1 au 6 novembre à Béjaïa, vient d’être clôturé, qu’en est-il de cet important événement artistique et culturel ?

Si Hachemi Assad : Le festival de la chanson kabyle est un festival local institutionnalisé par le ministère de la culture à l’instar des autres variantes linguistiques amazighes, chaouie, terguie et mozabiet. C’est une initiative à saluer qui s’inscrit dans le cadre de la politique de la redynamisation de l’animation et de la diffusion artistiques dans notre pays. Depuis quelque temps, vous avez dû le remarquer, les festivals sont réglementés, et c’est une très bonne chose. Ainsi, la dimension amazighe est prise en compte le plus naturellement du monde. C’est pour moi une des applications concrètes traduisant la consécration de tamazight dans la constitution.

J’ajouterai qu’à travers cette action, il est tout à fait clair que le ministère de la Culture veut nous accompagner dans cette œuvre commune de revalorisation du patrimoine culturel algérien dans toute sa diversité en mettant à disposition le cadre réglementaire et les moyens, loin, il faut le souligner, des surenchères politiciennes…

Pour revenir au festival, je crois qu’avec M. Aïci Ahmed, commissaire du festival de la chanson et de la musique kabyles, nous avons pu créer une première en Algérie : nos deux festivals (avec le festival du film amazigh) ont joint leurs efforts autour d’un partenariat culturel consistant en deux actions concrètes.

Le premier travail consiste à engager des contacts auprès des grands noms de la chanson kabyle, une manière d’arracher une caution artistique à ce nouveau festival. A mon sens, nous avons gagné le pari de tenir une édition en présence et avec l’encouragement des ténors de la chanson kabyle tels que Kamal Hamadi, Cherif Kheddam, Ben Mohamed, Lounis Aït Menguellet, Akli Yahiatene, Cherifa, et d’autres noms bien respectueux.

Dans quel cadre le festival est organisé ?

L’engagement du festival du film amazigh est traduit dans les articles de la convention signée entre les deux parties, notamment l’organisation d’un colloque autour de la chanson kabyle.

Nous avons élaboré, à cet effet, des axes thématiques clairs et une problématique très élaborée.

La chanson kabyle est désormais un thème d’étude, un sujet à débattre qui doit se tenir ici en Algérie. Préparer un colloque est un travail colossal qui nécessite un effort sur les plans de la rédaction et de la réflexion. Sans oublier l’aspect communication ; élaborer des notices biobibliographiques et des résumés de chaque intervenant. Il y a évidemment le travail d’après, qui consiste à réaliser les actes de la rencontre. En parallèle, un autre axe intitulé «Pour la mémoire» est inscrit en bonne place lors de ces deux journées de travaux.

Il s’agit de faire témoigner les acteurs de la scène artistique kabyle dont le poète Ben Mohamed, Kamal Hamadi et Bali Abdelmadjid, tous d’une dimension de renommé. Le staff du festival du film amazigh, de part son capital expérience, acquis sur le terrain, a pris en charge quelques aspects liés à l’organisation comme la programmation scientifique, la conception de la documentation et la thématique de l’exposition sur les grandes figures de la chanson kabyle. Ajouter à cela, le travail de collecte des visuels (photos d’archives) auprès de quelques acteurs de la scène artistique algérienne et kabyle en particulier ; des projections de films sur des figures illustres de la chanson kabyle comme Slimane Azem ( Réalisé par Rachid Merabet) et Hnifa (Réalisé par Ramdane Iftini et Sami Allam).

Voila en quelques lignes, l’engagement pris pour la réussite de cet événement salutaire, le premier festival local de la chanson et de la musique kabyles.

La Radio nationale et en particulier la Chaîne 2, a aussi organisé un festival de la chanson qui a regroupé toutes les variantes de la chanson kabyle des quatre coins du pays, qu’en est-il du lien qui pourrait exister entre les deux évènements ?

Ecoutez, moi je suis de ceux qui soutiennent l’idée de la multiplication des évènements du genre de nature à donner un nouveau souffle à la chanson kabyle et à surtout permettre la décantation.

Toute activité culturelle ou artistique initiée par une institution ou une autre est la bienvenue, qu’elle émane de la radio nationale ou autres, Mais vous devez le savoir que tous les festivals sont régis par un texte juridique du ministère de la Culture. J ’imagine que nos amis de la radio nationale, la chaîne 2 en particulier, qui ont pris l’initiative d’organiser le festival de la chanson amazigh l’année passée, le savent. Toutefois, chaque festival a sa localité, et celui de la radio est logé au Boulevard des martyrs à Alger, et le festival de la chanson kabyle, c’est a Béjaïa. pour moi, c’est une richesse à promouvoir, donc on doit continuer à travailler d’avantage, afin d’assurer son existence dans le temps et dans l’espace.

Toutefois, de part notre expérience, nous estimons que nous pouvons être d’un soutien capital, afin de booster cette initiative du festival de la chanson kabyle. Le festival de la radio a rassemblé toutes les variantes linguistiques amazighes, et comme c’est une première expérience, je trouve que l’édition a réussi. Personnellement, j’ai tenu à exprimer ma satisfaction par une lettre de félicitations aux organisateurs et au directeur général de la radio mess Azeddine Mihoubi.

Quelque chose pour conclure ?

Je saisi cette occasion pour remercier l’ensemble des intervenants qui de prime à bord, Farida Ait Oufroukh, anthropologue, qui s’est investie beaucoup avec moi dans le cadre de ce festival, pour justement cerner et réfléchir sur la problématique et la portée de ce colloque. Je remercie l’ensemble des conférenciers et artistes qui ont daigné répondre à notre invitation, à tous ceux qui nous ont aidés à l’organisation de cette manifestation, à tous les participants, notamment les deux parrains du festival, Mrs Kamal Hamadi, Ben Mohamed, ainsi que, Abdelmadjid Bali, Claude Lefébure, Denise Brahimi, Ali Sayad,Youcef Nacib, Arezki Graine, Djellaoui M’hend, Mohand Akli Salhi, Camille Lacoste Dejardin, Sadia Saïghi, Saïd Lamrani. A nos encadreurs et partenaires, je leur donne rendez-vous pour janvier prochain à Sidi Bel Abbès, pour la 3ème édition institutionnalisée du festival du film amazigh, qui se tiendra du 11 au 15 Janvier 2008, sous le haut patronage de Son Excellence le président de la République, et placé sous le slogan «Pour une libre circulation des idées par le son et par l’image». La réciprocité de notre partenaire (le festival de la chanson et de la musique kabyles) se traduira par son implication dans la prise en charge d’une partie de l’animation artistique du 9ème festival institutionnalisé du film amazigh. En termes de perspectives, beaucoup d’idées et de recommandations seront à l’étude. L’essentiel est de pouvoir concrétiser un plan de charge commun et bénéfique pour les deux structures, comme nous l’avons accompli avec le festival Cork d’Irlande (décembre 2006), le festival de Aïyam de Beyrouth en Janvier 2007, et le festival du film oriental de Genève en Janvier 2008. Un projet similaire est en cours avec un festival du cinéma de Téhéran (Iran).

Pour terminer, je dirai que l’apport de Aïci Ahmed à la tête de la Maison de la culture et commissaire du festival de la chanson kabyle, a été très important dans la réussite de cette première édition du festival local de la chanson et de la musique kabyles, qui a pris désormais son envol.

Amar Chekar