Les bouchers toujours en quête d’un abattoir conforme

En effet, en 2001, la commission d’hygiène de la wilaya de Béjaïa, après une visite d’inspection à l’ancien abattoir situé au centre-ville et à la lisière du cimetière populaire de la ville ne répondant pas aux normes d’hygiène ce qui empoisonnait la vie des riverains, lesquels d’ailleurs ne cessaient à l’époque de revendiquer sa fermeture aux autorités locales, a ordonné la cessation immédiate d’exploitation. Chose appliquée par la municipalité qui l’a laissé depuis à l’abandon provoquant beaucoup plus de nuisances que les précédentes aux riverains qui ne savent plus à quel saint se vouer pour qu’il soit mis fin à des désagréments causés par cet abattoir en ruines avec portes et fenêtres arrachées et devenu par la force des choses le lieu de prédilection des délinquants. C’est un citoyen qui est venu à leur rescousse, réclamant la propriété du sol et a mis fin à leur galère en érigeant un mur de clôture ceinturant l’édifice. Revenant à notre objet, les bouchers ne cessant depuis de réclamer un abattoir de substitution, ont cru en 2004 que leurs revendications allaient enfin aboutir en voyant le démarrage des travaux de construction d’un nouvel abattoir répondant aux normes. Celui-ci et les responsables municipaux se vantant même qu’ils réaliseront un joyau qui sera équipé d’un matériel sophistiqué. Son implantation a été faite sur un terrain de 1500 m2 sis à la zone d’activité et éloigné des habitations. Son coût estimé à 11 millions de dinars sera pris en charge par deux organismes. L’Agence foncière locale interviendra à hauteur de 60% et l’APC à 40%. Ce nouvel abattoir en construction, situé au abord de la RN 74, attirent le regard des bouchers qui à chaque passage, le dévorent des yeux attendant impatiemment le jour où ils prendront possession de leur bien ce qui mettra à coup sûr, fin à l’errance qui dure déjà pour eux depuis des années. Jusque-là, on peut dire, tout va bien pour qui veut bien. Mais, loin s’en faut pour les bouchers de Seddouk, en tout cas qui sont gagnés encore une fois par le désespoir car leur extase n’aura finalement duré que quelques mois avant que la décision gouvernementale de novembre 2004 mettant fin aux agences foncières locales à la faveur d’une agence centrale de wilaya ne tombe sur leurs têtes comme un couperet. En effet, l’entreprise démarrant les travaux en trombe a buté sur des problèmes de non payement partiel de la première facture induit par le gel de l’activité de l’agence foncière locale qui n’avait plus les pouvoirs et compétences pour assurer le financement du projet. L’entrepreneur se disant, il vaut mieux perdre une somme infime que colossale, n’a pas hésité à lever le chantier par un arrêt des travaux laissant la bâtisse dont seulement les gros œuvres ont été achevés. Et la longue traversée du désert continuera pour les bouchers de Seddouk, qui 7 ans après le temps qu’a mis notre pays pour arracher l’indépendance – la fermeture de l’ancien abattoir, ne sont toujours pas au bout de leurs peines. Le paradoxe, la ville de Seddouk a pourtant toujours possédé depuis l’ère coloniale un abattoir jusqu’à sa fermeture définitive en 2001. Ce qui est étonnant, c’est qu’aucune des assemblées populaires qui se sont succédé depuis, à la tête de la municipalité n’a pu continuer le projet, ce qui fait que les années se suivent et se ressemblent pour ces bouchers.

L. Beddar