La Dépêche de Kabylie : Vous qui avez sillonné le monde en votre qualité de maître dans cet art, quelle vision avez-vous aujourd’hui sur le karaté au niveau mondial ?ll Maître Yamada : Je suis fier aujourd’hui d’appartenir à cette noble famille du karaté. Depuis que j’ai commencé la pratique de cet art et au fil des années, je me rends compte que le karaté est en nette évolution, il s’améliore de plus en plus grâce notamment à l’apport de tous ceux qui veillent à son épanouissement.
A la lumière du stage que vous avez encadré, ici à Boumerdès, quelle appréciation faites-vous sur le niveau du karaté en Algérie ?ll Durant ces trois jours, j’ai constaté beaucoup de choses positives, particulièrement sur le plan technique, donc le problème chez vous ne réside pas dans la technique, non plus dans le mental mais plutôt dans le côté disciplinaire. Attention, je ne dis pas que les karatékas algériens sont indisciplinés, seulement cet engouement peut parfois s’avérer négatif. Cela dit, ce côté disciplinaire est très facile à maîtriser, son remède est le suivant : pour apprendre, il faut écouter, travailler et pratiquer en général, je suis satisfait de ce que j’ai vu, le karaté se porte bien en Algérie, j’ai constaté beaucoup de progrès depuis ma dernière visite en 2002 à Annaba.
Qu’est-ce qui nous manque, nous les Algériens, pour rivaliser avec les ténors du monde dans ce domaine du karaté ?ll C’est des détails qu’il faut régler. Vous les Algériens, vous êtes très doués. Vous pouvez rivaliser avec les meilleurs de ce monde mais il faut savoir que pour gagner, il ne suffit pas d’être bon techniquement, il faut associer cette technique avec un décor, il vous faut surtout travailler les facteurs déterminants.
Comment expliquez-vous la domination des Européens dans ce sport et que, vous les Japonais, vous retrouvez distancés. Les clés vous ont-elles réellement échappé ?ll Ecoutez, dans ce que vous venez d’avancer, il y a une part de vérité, certes, les Européens nous devancent dans le karaté sportif, mais pas dans le traditionnel, lequel nous couvons et soignons. La différence se situe dans ces règlements que les Européens ont bien étudiés et adaptés, ils les appliquent à la lettre. Nous, notre souci est de veiller à bien protéger le traditionnel de nos ancêtres. Nous sommes convaincus que rien n’est trop tard. Nous nous penchons déjà sur ce problème auquel nous remédierons à l’avenir. Dire qu’on est distancés est loin d’être le mot exact.
Quel est le rapport entre le karaté de compétition et le traditionnel ? Est-ce que ce dernier a toujours sa place au niveau mondial ?ll Je commence par la deuxième partie de la question et je vous dirais que le karaté traditionnel a toujours sa place au niveau mondial, il n’y a aucun doute là-dessus, seulement il ne faut pas nier que le karaté sportif a pris une dimension très importante qui le place d’ailleurs à la première position des arts martiaux les plus pratiqués au niveau international. Il ne faut surtout pas oublier aussi que le traditionnel est la base du karaté sportif. Ce dernier présente une certaine facilité pour la pratique. Donc, il faut retenir une chose fondamentale, le karaté traditionnel est la source du karaté sportif et en le pratiquant, on ne doit en aucun cas négliger la racine. En conclusion, vous comprendrez sans doute que le rapport est très solide et les deux sont indissociables avec la primauté du traditionnel sur celui de la compétition.
Le karaté aux Jeux olympiques, qu’est-ce que cela représente à vos yeux ?ll C’est mon souhait en tout cas, il faut savoir que pour l’idée en elle-même, il n’y a aucun problème, simplement les règlements en vigueur actuels sont flous, il faut éclaircir les choses. L’arbitrage tel qu’il est conçu aujourd’hui est trop vague, il faut qu’il soit au top pour convaincre le CIO à le classer comme discipline olympique. En tout état de cause, il y a toujours de l’espoir mais à l’avenir, tout sera possible. J’ajouterai une chose qui surprendra peut-être beaucoup de monde. Le karaté aux JO c’est aussi un problème politique mais le vœu se réalisera du moment que la fin du monde n’est pas pour demain.
Entretien réalisé par M. Bekakria
